Année finie, mission accomplie !

15 juin 2015 By

quoique... D'abord, quelle "mission" avais-je ? Que me suis-donné comme priorité(s), et pourquoi ? Et puis-je vraiment dire « mission accomplie » ? Pour toutes et tous mes élèves ??? ...... 

      Ce matin, dernières heures de cours avec les élèves de 1ère L et de 1ère S (c'était vendredi avec les 2ndes) : entraînement(s) à l'oral de français, dernières recommandations pour l'écrit et pour l'oral... Je les quitte avec le sentiment du devoir accompli : bon, le programme est bouclé, j'ai fait (et fait faire) assez de devoirs (les fameux D.S. ou "contrôles"), rédigé assez de corrigés, de fiches méthodo, donné des conseils en tous genres, signalé des sites intéressants, pages à lire ou vidéos à regarder... Beaucoup m'ont dit « merci » avec leur « au revoir Madame, bonnes vacances ! ».

élève au revoir

      Je rentre chez moi, un peu désœuvrée, après le "coup d'accélérateur" de la dernière quinzaine ; il me reste à attendre l'écrit de l'épreuve de français du Bac (vendredi 19 juin) ; puis je recevrai les copies d'examen à évaluer, mardi 23 ; enfin il faudra faire passer les oraux (5 jours), et je ne serai vraiment en vacances que le 8 juillet, jour de remise des copies corrigées. Je flotte un peu, là, entre envie de me reposer vraiment 2 ou 3 jours, et ma prochaine tâche = lire de près les 8 ou 9 "Descriptifs" ("listes de textes" des 8 ou 9 classes des candidats que je vais avoir à l'oral) et me mettre à travailler les textes et les livres sur lesquels je vais les écouter et les interroger... histoire de poser des questions pertinentes aux candidats ... (vaudrait mieux !)  

      Pour temporiser un peu, je "procrastine" un brin, et choisis de trier et ranger mes cours ... et ... voilà que des copies d'élèves sortent des chemises (ce sont celles de ceux qui ne sont plus venus en cours, dès le Conseil de classe passé, ah les chameaux !) ; il y a aussi mon Cahier de notes, avec les moyennes trimestrielles et annuelle ; et les trombinoscopes de mes classes, qui s'en échappent, avec leurs rangées de visages crispés ou souriants.

      Et là, tout à coup, je ne suis plus si sûre d'avoir fait du bon boulot, d'avoir tout fait pour tout le monde, d'avoir été attentive à chacun :         « mission accomplie » vraiment ?

 objectif atteint

      Pas pour celles de mes 1ères L à qui j'ai mis (en pestant) de "mauvaises notes" au 3ème trimestre (bin alors ? N'ont-elles que peu travaillé ? Ai-je été trop exigeante et sévère en fin d'année ? Les ai-je démotivées ?). J'aurais tant voulu que toutes réussissent, progressent...!

      Pas pour Matthias, dyslexique, qui redoublait sa 2nde pour passer en 1ère S (malgré un avis contraire du Conseil de classe à la fin de sa première 2nde, il est vrai) et qui se retrouve "contraint" de passer en STI2D : me suis-je assez occupé de lui, noyé au milieu des 35 autres, avec ses difficultés, sa timidité, son ordinateur ? La réponse est "non"... C'était un redoublant, il s'en sortait moyennement au début, travaillotant dans ma matière, "mettant le paquet" en math... où il termine l'année sans la moyenne : dur pour lui ! Ils sont plusieurs dans cette 2nde à être «orientés» (pour eux le mot rime avec "condamné" ou "expulsé"), invités, convaincus à coups de rendez-vous avec la famille, de passer dans une section que nous n'avons pas dans notre lycée (séries technologiques ou Bac Pro) ; seul l'un d'entre eux, Antonin, m'a clamé (sur un ton quasi-revanchard) sa satisfaction de partir en CFA pour un CAP de boucherie : « je vais enfin faire un vrai métier ! ». Mais ... lycéen, C'EST un VRAI métier ! Difficile, exigeant, il faut travailler régulièrement, les progrès ne sont pas foudroyants, il faut de la persévérance, avoir des qualités multiples, et dans des matières diverses ! ...  

 élève fatiguée

      En salle des profs, après les conseils de classe, un constat : notre taux de redoublement en 2nde va quasi doubler par rapport à celui (faible, il est vrai) de l'an dernier ! Il y a ceux qui déplorent le fait qu'on ait reçu une "mauvaise cuvée d'ex-3èmes", dont certains avaient un niveau très bas, constaté dès octobre, ne leur permettant pas vraiment de suivre en lycée général ; ce n'est pas faux. Il y a eu des classes de 2nde difficiles, où 4 ou 5 "zozos", parfois plus, fichaient en l'air l'ambiance de travail et d'efforts que les professeurs s'efforçaient d'instaurer : c'est vrai aussi ! Mais ... nous sommes un certain nombre de profs à nous dire « pourquoi n'avons-nous pas réagi plus tôt ? Cherché des solutions, monté un projet, du soutien, comment n'avons-vu nous pas vu venir tant de redoublements ? ». Il aurait fallu réagir en décembre, dès les conseils du 1er trimestre passés (nous étions fatigués...), ou en janvier-février (nous préparions le Bac blanc des 1ères et des Terminales...). Bref, entre le « c'est bien fait pour ceux des élèves qui n'ont rien fichu » (et il y en a eu...) et le « là, on n'a pas assuré... », il y a quand même un malaise.

      Certes, le prof est un animal qui souffre souvent du syndrome de la "perfectionnite", à un stade aigu chez certains : il attend, espère des élèves "parfaits" (et s'ils ne le sont pas au début d'année, il est fortement attendu qu'ils en soient très proches en juin...) ; et il s'en veut dès qu'il n'est pas le "prof parfait", s'occupant de tous et de chacun, réagissant avec maestria et humour dès qu'on veut le déstabiliser, faisant progresser sa classe et augmenter la « moyenne », le fameux indice que les parandélèves scrutent à chaque conseil !

      

      Texte d'aujourd'hui, voilà que Paul (2Co, 6, 1-10) fait écho et répond à mes questions et à mes doutes : « Frère, en tant que coopérateurs de Dieu, nous vous exhortons à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de Lui... » Je rumine ces paroles, en rangeant mon bureau, mes dossiers : oui, "coopérateurs", c'est vrai, car nous travaillons avec Lui : dans ma vie, comme dans la salle de classe, Il est là, je ne suis pas seule à la barre (ni "toute-puissante" donc... ni abandonnée non plus...).

 barre et ciel

      Et puis je ne suis pas seule à la barre, parce que nous sommes plusieurs profs, pour une classe, une "équipe" pédagogique... ne pas l'oublier.

      Il y a ce que j'ai fait, comme j'ai pu ; ce que je n'ai pas fait, ni su voir, ou su dire, et ce que Lui fera de tout ça : sans me décharger de mes responsabilités, remettre entre Ses mains, ne pas penser que je pouvais tout faire toute seule ! La "grâce reçue de Lui" : c'est peut-être justement, déjà, celle de me poser ces questions, de ne pas me satisfaire du constat actuel ; de penser à chaque élève (qui n'est déjà plus "le mien/la mienne") comme à un-e- enfant de Dieu, un jeune en formation, bientôt un adulte ; de prier pour lui / pour elle, en souhaitant que sur sa route, d'autres coopérateurs fassent, eux aussi leur travail d'éducateur, comme moi, mieux que moi...

      S'il y a deux choses qui ne m'ont jamais manqué, cela j'en suis sûre, c'est le désir de leur faire acquérir des « connaissances », et « la sincérité de mon amour », de mon attachement pour eux (je trouve cela dans la suite du texte de Paul).

Ça ne suffit pas toujours ...

... ce sont déjà de bonnes bases.

mains coeur 2

 

 

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