vendredi, 01 mai 2015 00:00

Marseille - Famille et École

Écrit par

Le synode de l’Église Catholique sur la famille. Quelques réflexions à partir de ce qui se passe à l’école.
Marseille, février-avril 2015

 

1 Familles et institutions.

Le 21 février 2015 les chrétiens dans l'Enseignement Public (CdEP) de la région de Marseille ont organisé, avec le père Ragonneau (sj) une après-midi de réflexion sur le thème : Familles et École : Quelle écoute ? Quelles rencontres ? La première partie de l’échange a porté sur des questions qui nous ont semblé incontournables :

 

  • Familles réduites ou inexistantes, quelles sont les conséquences pour les enfants et les jeunes, et les relations avec l’école ?

 

Dire qu’une famille est inexistante, c’est porter un jugement moral qui condamne, au lieu d’affirmer que chaque être humain aime l’autre comme il peut... Parfois, une conséquence importante des difficultés vécues par une famille c’est l’absence de relation entre cette famille, telle qu’elle est, et l’école. Le dialogue entre la famille et l’école, entre les enfants, les jeunes et l’école nous parait essentiel. Pour bâtir cette relation il est nécessaire de prendre du temps. Quand la relation fonctionne, tout est plus facile. Il s’agit de montrer à l’enfant ou au jeune que les profs, voire sa famille, ou tel éducateur extérieur, le croient capable de progresser. Croire en lui est fondamental… Dans les situations familiales difficiles, nous remarquons que très souvent les enfants ont alors une plus grande maturité. L’enfant peut rebondir s’il a une place dans sa famille, dans l’école. Nous relevons cependant la nécessité pour l’enfant d’avoir devant lui quelqu’un qui a autorité. Le manque d’autorité est une réelle difficulté et nuit (besoin de repères), la relation enfant-enseignant ne peut être fondée que sur la confiance.

La crise de l’école, et les difficultés vécues par les familles sont deux versants d’un même enjeu : la possibilité pour chacun d’un avenir qui ne soit pas purement individuel, mais aussi social.

  • Conflits dans les relations entre les familles et l’école pourquoi ? Culture des familles et culture commune, quelles sont les conditions du dialogue ? Parler ensemble exige des représentations communes sur des situations concrètes.

Il y a surtout de l’incompréhension. Le langage de l’école (et parfois la langue) et celui des parents, est différent. Les jeunes sont dans un autre monde (culture de la cité). De plus les enseignants ignorent souvent les conditions de vie réelles des familles. Un des enjeux consiste à un échange véritable autour de la question de la réussite : Acquérir des fondamentaux ? Apprendre un métier ? Faire de longues études ? Le marché du travail disqualifie le rôle de l’école. Il en résulte parfois une conception de la réussite a minima : « savoir se débrouiller ». Une manière de nouer le dialogue est de le faire au travers des structures sociales du quartier et d’actions concrètes. Réfléchissons parents, enfants, enseignants avec d’autres sur cette notion de réussite : « permettre à chaque enfant d’aller au maximum de ses capacités, et mettre en valeurs ses talents… Communiquer sur des points positifs, montrer qu’il y a toujours un possible. Les maîtres mots sont dialogue et réussite.

  • Situations de communication réussie : qu’est ce qui permet de réussir ? Quelles sont les conséquences ? Expériences de relations des familles entre elles, des jeunes entre eux, grâce à l’école.

La communication entre les enseignants et les parents est réussie quand elle est directe, basée sur des informations sérieuses et qu’elle prend en compte le projet des enfants... Entre enseignants et élèves, il importe qu’il y ait des temps d’échange sur le vécu, et que les enseignants fassent valoir des voiesréalistes de réussite pour chacun… Les enfants et les jeunes se rappellent leurs camarades d’école. Des enfants de tout âge sont recueillis, ou « parrainés » dans des familles qui ne sont pas les leurs.

De manière frappante des réalités évoquées dans les relations entre famille et école sont également valables pour les relations entre les familles et l’Église, elles le seraient probablement pour toutes les institutions en relation avec les familles.

2 Les perspectives que nous propose le rapport final du synode extraordinaire des évêques sur la famille

(Cette partie est rédigée à partir d’un travail réalisé en équipe de base.) La seconde partie du rapport final offre des perspectives théologiques issues du concile Vatican II, mais pas toujours mises en avant sur le terrain :

  • L’histoire des hommes avec Dieu est fondée sur une alliance avec des étapes (§12). Regarder ce qui s’opère ça et là dans l’humanité est parfaitement fondé, puisque, justement, c’est dans le Christ que tout est créé. Dans cette histoire on peut découvrir avec joie et respect les semences de Verbe… Une manière positive de voir la « création » qui n’apparaissait plus, y compris dans des textes d'Encycliques comme « Dieu est amour ». Cette affirmation justifie théologiquement la première partie de ce texte.
  • Deux textes centraux sur ce qui se joue en même temps dans la relation avec Dieu, et entre conjoints sont repris : Cana (Jésus révèle le caractère divin d’une fête de mariage) et la Samaritaine où chacun de nous, quelque soit notre vécu, nous est invité à une démarche de conversion (§14).
  • Les paragraphes 15 et 16 sur la famille dans le dessein salvifique de Dieu laissent entrevoir, malgré des expressions comme prend fin que les trois étapes, mariage primordial, mariage juif, mariage pour Jésus, sont moins des étapes chronologiques que des étapes spirituelles. En effet le mariage juif est toujours celui qui est pratiqué dans la première alliance…

Le document rappelle que le concile Vatican II a voulu exprimer sa considération pour le mariage naturel et les éléments valables présents dans d’autres religions… ce qui pourrait être également appliqué à la réalité matrimoniale et familiale de nombreuses cultures et personnes non chrétiennes (§22). Ces affirmations conduisent à adopter une attitude ecclésiale qui ne fasse pas l’économie d’une analyse de la situation vécue dans tel ou tel couple.

  • C’est dans la famille que l’on apprend Dieu (joie du travail, amour fraternel, pardon généreux, prière et offrande de sa vie, §23). De plus la famille est le lieu incontournable : Évangéliser relève de la responsabilité du peuple de Dieu tout entier… Sans le témoignage joyeux des conjoints et des familles, l’Église domestique, l’annonce même si elle est correcte, risque de ne pas être comprise et de se noyer dans le flot de paroles qui caractérise notre société (§30). Cette affirmation nous semble centrale, et nous invite à reposer la question de la catéchèse pour les enfants fréquentant l’école publique, et de son lien avec les familles.

3 Quelques conséquences et propositions (évoquéespar le père Ragonneau lors de la rencontre du 21 février) :

  1. Face aux familles, blessées ou non, ce qui importe d’abord c’est l’accueil. Une porte qui claque à votre nez, c’est inacceptable. Le droit canon a codifié des situations du passé, il faut oser aujourd’hui se mettre dans une autre logique, cette de l’accomplissement (c’est aujourd’hui que cette parole s’accomplit, Lc 4 21). Il est essentiel que l’écoute permette à chacun d’aller vers sa vérité.

  2. La conséquence suivante que l’on peut tirer, c’est l’enjeu du dialogue et de la confrontation entre deux cultures. Le langage de l’Église officielle sur la famille est à des années-lumière des pratiques des couples chrétiens, ou de la plupart d’entre eux : l’ouverture à la vie ne revêt pas les mêmes aspects dans la bouche des uns et des autres. Comment dans cette situation semi conflictuelle, la famille peut-elle être cette Église domestique, où l’on prie ensemble ? Le ministère d’enseignement (épiscopal, presbytéral) doit s’articuler avec celui de la pratique de l’échange et du dialogue. Nécessaire quand il se passe un événement exceptionnel, quand le temps s’arrête (persécutions, affrontements), il serait normal tous les jours.

  3. Il y a a une très grande diversité des familles, la famille est un diamant aux multiples facettes, un peu comme il y a 4 évangiles. Il n’y a pas un modèle unique de transmission. Les familles vont devoir s’ajuster entre elles, opération difficile, mais qui peut être solide à terme, et l’église doit favoriser ce processus. Il y a une dynamique dans la rencontre de familles entres elles, l’évangélisation est une réalité profondément horizontale.

  4. Nous sommes l’Église : à nous d’accueillir celui qui est différent (sexe, âge, culture) gratuitement. La pauvreté serait qu’il y ait des gens qui ne soient pas écoutés. L’accueil et l’écoute sont à la base de la transmission. Nos communautés doivent être ouvertes : on doit pouvoir parler en toute clarté, nous avons à recevoir. L’Église devra initier ses membres…à cet art de l’accompagnement, pour que tous apprennent toujours à ôter leurs sandales devant la terre sacrée de l’autre (Ex 3,5 §46)

Voilà quelques pistes de réflexion sur les familles que nous rencontrons à l’école publique de notre pays, réflexion que nous avons voulu mettre en lien avec notre accueil du document synodal sur la famille. Espérons que chacun prendra ses responsabilités pour que l’évangélisation soit vraiment conçue comme un dialogue : Le Christ lui-même a scruté le cœur des hommes et les a amenés par un dialogue vraiment humain à la lumière divine ; de même ses disciples, profondément pénétrés de l’Esprit du Christ, doivent connaître les hommes au milieu desquels ils vivent, engager conversation avec eux, afin qu’eux aussi apprennent dans un dialogue sincère et patient, quelles richesses Dieu, dans sa munificence, a dispensées aux nations ; ils doivent en même temps s’efforcer d’éclairer ces richesses de la lumière évangélique, de les libérer, de les ramener sous la Seigneurie du Dieu Sauveur (Ad Gentes §11).

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