mardi, 02 août 2016 14:56

Célébration en mémoire des victimes des attentats.

Écrit par

Le mot d'accueil et l'homélie donnés par le P. Daniel LABILLE, évêque émérite, dimanche 31 juillet 2016 en la basilique de  Mézières.

 

ACCUEIL

Nous sommes venus nombreux rendre hommage au Père Jacques Hamel assassiné mardi dernier dans l’église de St. Etienne du Rouvray.

Je salue plus particulièrement les amis musulmans qui se sont joints à nous.

Nous sommes venus pour nous recueillir, pour prier aux intentions du Père Hamel, prier pour nous-mêmes pour ne pas succomber à la tentation de la violence ; à la demande du Christ, nous prions aussi pour nos ennemis, pour les terroristes qui ont succombé à cette violence.

Nous nous souvenons aussi des nombreux chrétiens, des nombreux musulmans et des nombreux juifs morts dans les attentats de France, de Syrie et d’Irak.

Prions aussi en communion avec les jeunes réunis à Cracovie pour la messe des JMJ avec le Pape François. Prions avec les deux jeunes de notre paroisse qui y participent, Solène et Juliette.

Nous accueillons avec eux le même message qui fut le thème de leur rassemblement : « Heureux les miséricordieux ».

Nous demandons à Dieu le miséricordieux cette grâce de la miséricorde. Nous demandons pardon pour notre propre violence, celles de nos paroles assassines, de nos accusations mutuelles, celles des actions qui nous divisent. Demandons pardon de nos péchés et recueillons-nous en silence pendant quelques instants.

HOMELIE

(Qo 1, 2 ; 2, 21-23 ; Col 3, 1-5 et 9-11 ; Lc 12, 13-21)

Au-delà de notre douleur, de notre émotion, de notre révolte, au delà de tout ce que les forces de sécurité et les agents de l’Etat entreprennent et mettent en œuvre pour prévenir les attentats, pour les déjouer, pour en gérer toutes les conséquences dramatiques lorsque des terroristes ont pu mettre à mort tant d’innocents, que nous reste-t-il à faire pour ne pas sortir démolis de ces épreuves ?

Comment les textes de la Parole de Dieu qui nous sont proposés ce dimanche, peuvent-ils nous éclairer dans ces moments de sidération et d’incompréhension de ce qui se passe ?

La première lecture, le passage de ce sage Qoheleth nous met en garde contre la vanité, ce qu’on peut appeler aussi l’écume des choses, les paroles incantatoires comme les « Il n’y a qu’a » ou « Il faut qu’on ». La vanité c’est aussi le populisme qui surfe sur l’émotion et la peur des gens pour les fragiliser, les séduire et finalement les asservir. La vanité c’est encore tous ceux qui se servent des moments tragiques pour avancer leurs pions et militer pour leurs intérêts au lieu de se confronter à de la réalité des situations. Car la réalité est plus compliquée que ce que chacun en perçoit et c’est seulement ensemble qu’on peut affronter et maitriser les situations difficiles. Notre ennemi a déjà gagné s’il parvient à nous diviser.

La seconde lecture est un passage de l’apôtre Paul qui rappelle aux Colossiens qu’ils tiennent leur identité du Christ, qu’ils participent à la vie du Christ, à l’humanité du Christ. Le baptême est un sacrement que les chrétiens reçoivent, un sacrement qui nous est donné pour nous identifier au Christ, non pas pour nous séparer des autres, mais pour construire avec eux une solidarité nouvelle, une fraternité qui n’est pas celle du sang ou des intérêts ou des ambitions, une fraternité qui est au-delà de nos appartenances religieuses, ou de nos appartenances nationales, une fraternité qui nous vient de notre humanité commune, celle justement que le Christ a épousé. Ainsi nous dit Paul : « Il n’y a plus le païen et le juif, l’esclave et l’homme libre, le circoncis et l’incirconcis » et il ajoute ailleurs : « il n’y a plus ni homme, ni femme » et j’ajoute : « Il n’y a plus le chrétien et le musulman ». Il y a en chacun la même humanité qui nous rassemble. Jésus a vécu ce projet, il a partagé notre humanité commune et on lui a reproché d’accueillir les pécheurs, de fréquenter les étrangers, d’admirer la foi des païens. Ce fut un des chefs de sa condamnation à mort. L’identité chrétienne n’est pas une identité qui nous enferme entre nous, mais elle est une identité dont l’une des composantes est de rester ouvert à tous, de toujours chercher à entrer en dialogue avec tous, de l’entretenir et de l’approfondir.

Le journaliste Antoine Leiris a perdu son épouse dans l’attentat du Bataclan. A la suite de cet assassinat, il a écrit un livre intitulé « Vous n’aurez pas ma haine ». Car pour lui, garder au fond du cœur de la haine et de la vengeance, serait un enfermement qui l’empêcherait d’être lucide et de retrouver sa liberté intérieure. Il n’est pas mort sous les balles de la kalachnikov qui a tué sa femme, mais il serait détruit et rongé de l’intérieur par la haine et la vengeance. Cet enfermement dans la haine peut être aussi le fait d’un groupe ou d’une nation : ces gens vont s’abreuver ainsi aux forces obscures de la mort pour aiguiser leur haine et leur vengeance. Cela peut être aussi notre tentation : penser que nous obtiendrons un surcroit de vie en mettant les autres à mort. Dialoguer ne veut pas dire que tout le monde est beau et gentil, le dialogue exige en même temps de prendre les moyens de se sécuriser, de renforcer le renseignement et de rester vigilant à ce qui se passe autour de nous.

La troisième lecture nous invite à approfondir la nature de notre relation à Dieu et nos raisons de vivre. Suffit-il d’avoir usé de toutes les sécurités pour avoir des raisons de vivre, suffit-il comme cet homme de l’évangile d’avoir beaucoup de biens à sa disposition pour couler des jours heureux, à l’abri du besoin. « Tu es fou » dit Dieu à cet homme. Tu es fou, tu as oublié que ta vie est un don de Dieu, que Dieu est celui qui t’a donné la vie. Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais le Dieu des vivants. C’est là sans doute le plus terrible des blasphèmes, la plus terrible des manières d’instrumentaliser Dieu : se servir en quelque sorte de son patronage pour semer la mort et la violence, pour tuer des hommes en son nom et pour sa gloire. Les soldats nazis portaient déjà sur la boucle de leur ceinturon cette inscription « Gott mit uns », Dieu est avec nous ; Dieu est avec nous lorsque nous faisons la guerre, lorsque nous exterminons les juifs ou les tziganes. Tuer au nom de Dieu, cela a pu être une tentation même des religions à certaines époques de leur histoire. Il y a à opérer tous les jours cette conversion : se servir de Dieu pour légitimer des crimes ou servir Dieu en le suivant et en imitant la façon de vivre de Jésus : il a préféré être victime de la violence plutôt de se laisser entrainer dans le cercle de la violence. Dieu qui donne la vie ne peut pas être celui qui réclame la mort, même de ceux que certains jugeraient infidèles.

S’en tenir à des slogans superficiels, s’enfermer dans des idéologies qui obscurcissent notre intelligence, invoquer son identité pour se séparer des autres, refuser le dialogue avec autrui, se servir de Dieu pour donner la mort, ce sont les ingrédients qui nourrissent le terrorisme et qui pourraient entretenir en nous la violence.

Ces événements nous appellent à mener le bon combat, non pas celui de la violence, mais celui de la miséricorde, cette vertu nous fait entrer en résistance contre la fatalité et la résignation. La miséricorde nous rappelle qu’il y a toujours un au-delà du mal, un avenir possible après l’épreuve. La miséricorde est une force pour entreprendre jour après jour de construire la fraternité. Elle invite à dépasser nos misères morales comme la violence et nos misères matérielles comme la pauvreté. Elle œuvre pour la justice et la solidarité. Avec le combat que mènent les forces de l’ordre, nous avons tous à mener un combat de résistance à l’intérieur de nous-mêmes et entre nous. La folie dont parle l’évangile n’est pas chez celui ou celle qui ose forcer le destin par le dialogue avec autrui, le respect de la vie des hommes, chez aussi celui ou celle qui consent à s’ouvrir à Dieu par la prière ; la folie est chez celui ou celle qui s’enferme et qui se laisse paralyser par la peur. Il va inéluctablement à la mort. Notre vie ne tient pas d’abord à ce qui nous sécurise, notre vie tient d’abord par la confiance et la chance que nous donnons au « vivre ensemble », à la possibilité de rassembler peu à peu tous les hommes au nom de leur humanité commune. Rassembler les hommes en un seul corps est aussi une des missions des chrétiens dans le monde d’aujourd’hui, à quoi sont aussi appelés tous les hommes. Il ne faut pas compter sur des miracles pour éradiquer le terrorisme, mais sur notre persévérance qui est aussi une grâce qui manifeste la fidélité de Dieu envers nous.

Daniel LABILLE
31 juillet 2016
18ème dimanche ordinaire,
année C

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