vendredi, 10 juin 2016 15:11

La communauté chrétienne, lieu de la Miséricorde

Écrit par

Le Père Daniel LABILLE, originaire des Ardennes et prêtre du diocèse de Reims, puis évêque de Soissons et enfin de Créteil, a donné ce texte dans le cadre de l'année de la Miséricorde. Il est maintenant en retraite à Charlesville-Mézières, où il accompagne en particulier les équipes de CdEP. Pour tout cela nous le remercions. .


1. LaLOGO_redimensionné.jpg miséricorde est l’œuvre des communautés.

Pouvons-nous organiser la vie d’une communauté chrétienne de telle sorte que le monde en la voyant vivre, sache que le Dieu des miséricordes est à l’œuvre ?
La miséricorde n’est pas seulement une vertu personnelle, mais elle est aussi une des dimensions du témoignage des communautés chrétiennes comme manifestation du corps du Christ.

« Cet homme fait bon accueil aux pécheurs et il mange avec eux » (Lc 15,2). Dans cette parabole, le fils prodigue non seulement est pardonné par le Père, mais il est réintégré dans la famille. Le fils aîné refuse de s’associer à cette fête. Il ne veut plus faire partie de cette famille, là où on fait bon accueil au pécheur.
C’est une ligne de force de la prédication de Jésus : « Il y aura plus de joie au ciel, dans la communauté des élus, pour un pécheur qui se convertit que pour 99 justes » (Lc 15, 7). Quelle conversion opérer pour que les communautés soient des lieux où se pratique la miséricorde dont Jésus-Christ est le visage ?

« Deux logiques parcourent toute l’histoire de l’Eglise : exclure ou intégrer… La route de l’Eglise est de ne condamner personne éternellement, de répandre la miséricorde sur toutes les personnes qui la demandent. Car la charité véritable est toujours imméritée, inconditionnelle et gratuite » (La joie de l’amour, 296).
Chaque communauté, un peu comme chaque famille, ne peut rester indifférente à ce qui arrive à chacun de ses membres, en particulier aux plus fragiles.

La logique de l’exclusion est une logique qui protège le groupe, qui le sécurise, qui sauve son système d’organisation. La logique d’inclusion est une logique d’ouverture qui peut déstabiliser le groupe, mais qui a le souci de sauver les personnes, mais pas à n’importe quel prix.

2. Comment Jésus a-t-il vécu la miséricorde dans l’évangile ?
Au départ, il y a cette affirmation : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la loi ou les prophètes, je ne suis pas venu abolir mais accomplir.» (Mt 5, 17-18). Jésus interprète la loi de telle façon que sa pratique n’enferme pas les personnes dans des interdits, au contraire la loi est un pédagogue (Gal 3, 24) qui aide à la croissance des personnes qui découvrent avec amour et librement le bien fondé de cette loi. Jésus est apparu comme quelqu’un qui a autorité, qui a le souci de la croissance de ceux à qui il s’adresse (Mt 7, 28-29 ; Mc 1, 22). Les scribes et les pharisiens pensent qu’il trahit la loi et déstabilise la religion : il vaut mieux qu’il meure (Jn 11, 46-52).
Pourquoi alors cette hostilité ? Il ne change pas la loi, il est exigeant : « Soyez parfait comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 48). Mais il respecte les personnes qui sont faibles et fragiles. Certains prennent peur. Pourtant, c’est progressivement que Dieu s’est révélé à son peuple. C’est progressivement que notre conscience découvre les exigences de l’évangile. Dieu nous introduit graduellement dans son mystère d’amour et c’est aussi graduellement qu’après le péché ou l’infidélité, nous redécouvrons les appels que Dieu nous adresse pour nous reconstruire et nous réintégrer dans la communauté dont nous nous étions coupés. Le Pape parle de la gradualité dans la pastorale.

3. La logique de la miséricorde est une logique d’inclusion.
La logique de la miséricorde suppose d’abord que nous croyons que tous nous sommes l’objet de la miséricorde du Père. Il n’y a pas d’un côté les justes qui n’ont pas besoin de miséricorde et d’un autre côté les pécheurs.
Cette logique suppose ensuite que nous ne réduisions pas la morale au permis et au défendu. La morale chrétienne est une morale du bien. La miséricorde n’est pas le laisser-faire ou le laxisme : si les pécheurs sont aussi sauvés pourquoi se donner tant de mal à observer les commandements ? Cela révèle un rapport infantile à la loi.
La miséricorde suppose que nous acceptions que tout le monde ne grandisse pas de la même façon. La miséricorde invite chaque communauté à « regarder avec amour ceux qui participent à sa vie de manière incomplète tout en reconnaissant que la grâce de Dieu agit aussi dans leur vie» (La joie de l’amour, 291). Notre mission est à celle d’un « hôpital de campagne » qui soigne les blessés de la vie.
La miséricorde suppose que le pécheur veuille faire la vérité en lui, sur sa vie, sinon il ne peut pas accueillir la miséricorde. Nous sommes pécheurs, mais l’avenir n’est pas bouché.
La miséricorde suppose que la communauté cherche à comprendre ses membres, à saisir les circonstances atténuantes, à pardonner, à accompagner, à intégrer, à redonner à chacun sa place, en particulier aux plus fragiles et aux plus éprouvés.

4. Le discernement pour exercer la miséricorde.
Le discernement n’est un bureau de douane. Il n’est pas une permission pour relativiser le mal. Ce n’est pas une façon d’accommoder la loi au désir de l’homme. Le discernement est une tension entre la loi et le bien des personnes qui ne sont pas d’emblée capables d’accomplir toute la loi.
Le discernement est personnel et approprié : il ne suffit pas de dire que chacun agit selon sa conscience, il faut encore voir si ce que ma conscience me dit rejoint la façon dont Jésus a accompagné les pécheurs. « Il est mesquin de se limiter seulement à considérer si l’agir d’une personne répond ou non à une loi ou à une norme générale, car cela ne suffit pas pour discerner et assurer une pleine fidélité à Dieu dans l’existence concrète d’un être humain » (La joie de l’amour, 304).
Le discernement est une attitude pastorale difficile : il n’est pas le relativisme ; il n’est pas du laxisme ; il ne cautionne pas non plus une morale de situation où les finalités de la morale ne seraient pas les mêmes pour tous : il veut lever les blocages et les rigidités.
« Nous nous comportons comme des contrôleurs de la grâce et non comme des facilitateurs. Mais l’Eglise n’est pas une douane, elle est une maison paternelle où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile » (La joie de l’amour, 310).

5. Conclusion.
« Nous sommes invités à vivre la miséricorde parce qu’il nous a d’abord été fait miséricorde. La miséricorde est le pilier qui soutient la vie de l’Eglise. Dans son action pastorale, tout devrait être enveloppé de la tendresse par laquelle on s’adresse aux croyants » (La joie de l’amour, 310).
La vérité c’est Jésus qui est le visage de la miséricorde du Père. On ne peut pas le posséder. Le refus de la miséricorde au nom de la loi est une façon de refuser la vie à celui qui a péché. C’est à cause de sa façon de vivre la miséricorde que Jésus a été mis à mort. La communauté qui vit la miséricorde appelle chacun à vivre la confiance les uns avec les autres. Elle est une vraie communauté de foi, foi en Dieu, foi dans les autres, foi en soi, foi dans l’avenir.


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