mardi, 01 septembre 2009 09:03

Chrétiens dans notre monde

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Quelle place pour les religions dans nos sociétés sécularisées  ?

“Les chrétiens ne se distinguent pas des autres hommes, ni par le pays ni par le langage ni par les coutumes... ils se conforment aux usages locaux pour le vêtement et le reste de l’existence, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur manière de vivre”. Ces expressions bien connues d’un chrétien du deuxième siècle (Lettre à Diognète) ont une valeur permanente. Les chrétiens sont “dans le monde sans être du monde” (cf Jn 17,11-15). Tout ce qui se passe dans le monde les concerne, et ils y apportent leur note propre, qui peut être différente. Mais les grandes valeurs humaines sont bien leurs, comme le disait déjà Saint Paul : “Tout ce qu’il y a de vrai, tout ce qui est noble et juste, pur, digne d’être aimé, d’être honoré, ce qui s’appelle vertu, ce qui mérite éloge, tout cela portez-le à votre actif” (Ph 4,8).

C’est à la lumière de ces affirmations que je voudrais porter un regard sur l’encyclique “sur le développement humain intégral dans la clarté et la vérité” que Benoît XVI a adressé cette année à “tous les hommes de bonne volonté”.

Prenant explicitement la suite de “Populorum progressio” de Paul VI (1967), il constate que le monde a considérablement évolué depuis quarante ans. S’appuyant visiblement sur une équipe de personnes très informées et compétentes, il passe en revue tous les domaines de l’activité humaine, affirmant que “les grandes nouveautés que le domaine du développement des peuples présente aujourd’hui appellent dans de nombreux cas des solutions neuves” (§32) et il indique dans ces différents domaines les lignes directrices d’une avancée vers un monde vraiment humain tel que l’Eglise catholique le conçoit.

il m’a semblé relever dans ce long texte
une tension sous-jacente
 

Il ne s’agit pas ici de rendre compte des réponses proposées aux différentes questions d’aujourd’hui et moins encore de porter un jugement sur ces réponses, mais il m’a semblé relever dans ce long texte une tension sous-jacente, nulle part explicitement formulée, entre deux conceptions du rôle de l’Eglise dans notre monde. C’est à cela que je m’attaquerai maintenant.

Sur un premier aspect, la réflexion du Pape - adressée, rappelons-le, à “tous les hommes de bonne volonté” - se situe dans le cadre d’un humanisme partagé par “des hommes droits, fortement interpellés dans leur conscience par le souci du bien commun” (§71). “On doit... s’inscrire dans la continuité de l’effort anonyme de tant de personnes fortement engagées... Parmi ces personnes, se trouvent aussi des chrétiens” (§72).

Des développements de plusieurs pages se présentent sans référence chrétienne explicite : “De multiples et singulières convergences éthiques se trouvent dans toutes les cultures” (§59). Il faut “encourager la collaboration fraternelle entre croyants et incroyants dans leur commune intention de travailler pour la justice et pour la paix” (§57). Car de telles convergences “sont l’expression de la même nature humaine, voulue par le Créateur et que la sagesse éthique de l’humanité appelle la loi naturelle” (§59).

Mais en d’autres passages, la référence religieuse est affirmée comme essentielle : “La vérité et l’amour... ne peuvent être fabriqués. Ils peuvent seulement être accueillis.

 Ai-je tort de percevoir ici
deux cohérences différentes ?

Leur source ultime n’est pas ni ne peut être l’homme, mais Dieu... Ce principe est très important pour la société” (§52). “La raison sans la foi est destinée à se perdre dans l’illusion de sa toute puissance” (§74). “Sans Dieu, l’homme ne sait où aller et ne peut même pas comprendre qui il est”. “L’humanisme qui exclut Dieu est un humanisme inhumain” (Conclusion).
Il en résulte que la religion doit avoir sa place reconnue : “La religion chrétienne et les autres religions peuvent apporter leur contribution au développement seulement si Dieu a sa place dans la sphère publique, et cela concerne les dimensions culturelle, sociale, économique et particulièrement politique” (§56).

Ai-je tort de percevoir ici deux cohérences différentes ?

Dans la logique de cette laïcité à laquelle nous sommes viscéralement attachés, la première rejoint notre sensibilité.

Mais ne devrions-nous pas nous efforcer de découvrir l’apport de la seconde et de l’intégrer?

 

Claude Wiener

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