mercredi, 02 mars 2011 00:00

Christian de Chergé, une théologie de l'espérance

Écrit par

La mission du prieur de Tibéhirine

Christian de Chergé, une théologie de l'espérance.
Christian Salenson. Bayard

Voilà en quoi, ce livre, assez abordable, me semble ouvrir des pistes pour nous chrétiens vivant en société sécularisée, et de plus dans l'école laïque.

Christian de Chergé a fait le choix d'une vie en relation avec les musulmans, à la suite d'un acte de don de sa vie d'un musulman qui a sauvé Christian alors séminariste. De là, en dehors de tout univers chrétien, Christian reçoit de manière existentielle une vocation à vivre avec des musulmans, il est construit de l'intérieur par ce don reconnu par lui comme un don de Dieu, qu'il met en rapport avec celui qui est manifesté en Jésus-Christ : sa vie donnée pour que d'autres aient la vie en plénitude, de manière gratuite. A partir de cette situation, une relecture du Christianisme va être accomplie progressivement, et cela grâce au vécu monastique d'une communauté en lien avec des musulmans : choix d'une vie qui est vie partagée (contacts, rencontres, services, coopérative, prière).
De l'impossibilité évidente de construire quelque chose de l'ordre du prosélytisme, naît l'affirmation, sans qu'elle soit conceptuellement fondée, du fait que dans l'Islam se jouent des actes définitifs de salut de l'homme et de l'aventure de l'homme dans sa relation à Dieu.

Cette théologie part des rencontres concrètes et de ce qu'elles portent comme choix essentiels sur l'homme. Cette théologie reçoit le Christ comme Verbe de Dieu, et parle du mystère trinitaire en relisant la lettre aux Hébreux 1/ 1-4 : présence de la Parole de Dieu aux hommes à travers les prophètes, et Parole incarnée par le Fils dans les jours derniers. Notre découverte de Dieu, à travers Jésus Christ partageant la vie des hommes (travail réalisé avec le Père Moingt, lors d'une session antérieure) est comme replongée dans un mystère plus grand, d'un Dieu qui de tout temps et en tout lieu s'adresse aux hommes, au-delà des contingences historiques et des infidélités de son Église.
L'Église ne peut se superposer au Royaume de Dieu. Dans toute petite église (couple, famille, équipe…) c'est une communion des saints qui est donnée et c'est de celle-ci que cette petite église est appelée à témoigner. Cette communauté a comme vocation de vivre sous le mode du dialogue avec les autres, vivre sous la forme de la Visitation (Marie et Elisabeth) : l'Église comprend et reçoit le Christ dans son dialogue avec les autres (cf. "Pastorale de l'engendrement").

Que dire du monde à venir (eschatologie), des derniers temps ? Ils sont déjà en œuvre, Dieu qui est et qui était est aussi celui « qui vient » et non pas simplement celui « qui sera ». Christian de Chergé perçoit le mystère de la différence au cœur même de sa vie (mystère de la différence musulmans / chrétiens, mais aussi de toute différence), elle a sa source dans la vie même de Dieu (« Quasi sacrement de la différence ») : « En maintenant clairement les différences, elles peuvent prendre le sens d'une communion vers l'unité, une communion que Dieu seul peut concevoir, qui ne peut pas être aux termes de nos efforts » (p 154/5).

Et nous, Chrétiens dans l'Enseignement Public ? Nous sommes de fait engagés corps et biens dans une école, vis-à-vis de jeunes et d'adultes, une école où tout prosélytisme est impossible, déconsidéré, suspecté. Cet engagement aujourd'hui est celui d'un corps à corps, notre société utilisant à fond l'école pour se continuer (certains ne le voient pas encore !). On vit morts et naissances, transformations culturelles profondes, prises et rejets de responsabilités, aucune de ces choses n'allant de soi.
Il y a une différence : nous ne sommes pas dans l'univers de l'affirmation du Dieu unique, mais en pleine recherche de sens et en tâtonnement. L'idole par contre est plus claire : l'argent et le désir de la consommation sans frein.

Pourtant, nous en sommes témoins, Dieu parle de mille manières, Verbe pour l'aujourd'hui, et des gens s'engagent. Les pistes christologiques et ecclésiologiques proposées dans « Une théologie de l'espérance », ont un sens. Elles rendent compte en particulier de ce que sont en fait nos petites équipes. Cependant un travail théologique est à prendre à bras le corps en tenant compte de cette situation en laïcité. J'en déduis deux choses immédiatement : la nécessité pour notre mouvement de soutenir la prière de ses petits groupes, et celle tout aussi fondamentale d'une formation théologique proposée à tous pour être capable de penser sa vie de chrétien dans une situation radicalement nouvelle.

Jean Kayser.

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