mardi, 28 juin 2011 08:11

Théorie du genre au lycée ?

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2011 - CdEP essaie de sortir de la polémique pour amorcer le débat.

THÉORIE DU GENRE AU LYCÉE ? 

     Depuis quelques semaines, nous voyons se développer une offensive contre "l'introduction de la 'gender theory' (théorie du genre) dans les programmes et les manuels de SVT(1) de classe de 1ère". Pétitions sur Internet, articles dans les médias – catholiques en particulier – il semble qu'il s'agisse d'une affaire d'importance. De quoi parle-t-on précisément ?
     Cette "théorie du genre" s'est développée depuis quelques années aux Etats-Unis, puis a gagné la France. Très grossièrement, elle consiste à distinguer fortement, voire même à opposer le sexe (mâle ou femelle), objectif, défini par l'anatomie et la biologie, au genre (masculin ou féminin), plus subjectif, ensemble d'attitudes et de rôles définis par la culture ou la religion. C'est en particulier dans les milieux homosexuels que cette théorie a fait florès, dans la mesure où elle permet de considérer la structure traditionnelle du couple hétérosexuel comme une forme parmi d'autres possibles de la relation de couple, le couple homosexuel étant tout aussi légitime. On voit tout de suite se dessiner l'inévitable affrontement avec la morale catholique.
     C'est plus précisément aux nouveaux programmes de SVT de 1ère, et surtout aux manuels qui les mettent en œuvre (invitent-ils réellement les enseignants à professer la "théorie du genre ?") que la plupart de ces protestations s'adressent. C'est là qu'arrive le soupçon de "bourrage de crâne" des lycéens. 

     Sans prétendre émettre sur ces questions quelquefois complexes un avis définitif, CdEP a cru devoir examiner le problème, dans l'intention de fournir à ses adhérents des éléments de réflexion aussi sérieux que possibles. Les collègues de SVT, bien sûr, sont directement concernés, mais il est clair que le débat déborde le cadre de l'enseignement des SVT, au lycée d'abord, où il peut donner lieu à un intéressant travail interdisciplinaire, et même au-delà, puisqu'il dit quelque chose de ce qu'une société essaye de transmettre à ses enfants dans un domaine aussi intime et délicat que celui de la vie sexuelle.
     Nous avons donc examiné les programmes et, parmi les manuels qui en sont issus, celui  édité par Hachette, qui semblait particulièrement mis en cause par les protestations. Pour ce travail délicat, nous avons eu la chance de bénéficier de l'expertise de Xavier Lacroix, qui a regardé à la loupe le dit et le non-dit du manuel Hachette, et nous livre son analyse en pointant à la fois les affirmations incontestables et ce qui lui paraît être des manques. Nous ne saurions trop le remercier, à la fois de la pertinence de son travail et de la rapidité avec laquelle il nous l'a fait parvenir.


     Mais nous avons aussi demandé à des collègues de SVT enseignant dans ces classes d'apporter leur regard de praticiens, qui permet de relativiser la présentation des manuels en regard de ce qui, pour les lycéens, est l'essentiel : le cours du professeur. Nous avons déjà reçu une contribution, dont nous remercions chaleureusement l'auteure, et nous en attendons éventuellement d'autres, beaucoup d'autres, que nous serons heureux de mettre en ligne pour éclairer les différents aspects du débat. De plus, l'une de nos adhérentes, à la demande du journaliste, a apporté sa contribution à un article bien documenté de La Croix (voir lien ci-contre).

     Risquerai-je à mon tour quelques mots, moi simple prof d'Anglais, sans qualifications particulières pour ce débat ? Il me semble que ce nouveau programme, dans son ambition et sa volonté d'ouverture, pose d'abord au professeur la question d'une claire distinction à faire entre ce qui relève des sciences exactes (biologie) ou humaines (sociologie), et donc s'impose à l'esprit avec un certaine évidence, et ce qui est du domaine de l'idéologie, par définition objet de choix personnels et subjectifs. Et d'une certaine manière, cela peut être l'occasion d'illustrer les bases de notre laïcité, fondée justement sur l'autonomie des domaines et la liberté des choix, qui ne signifie pas leur indifférence. 
     Il est intéressant que le programme ne s'interdise pas cette ouverture, en particulier dans le but de fonder plus solidement la lutte nécessaire contre une homophobie qui est encore loin d'être éradiquée, même dans notre beau pays. Cela pourrait être l'occasion d'une passionnante collaboration interdisciplinaire, que malheureusement l'absence d'un prof de philo en 1ère et le cadre rigide des horaires rendent bien aléatoire ! Dans la plupart des cas, il reviendra donc au seul prof de SVT de poser les questions et d'engager les élèves à les approfondir. Bien sûr, personne ne pourra empêcher un collègue féru de "gender theory" de s'en faire le propagandiste – mais il le peut déjà ! – ou un catho bon teint de la condamner sans nuances ; mais le plus probable est que l'immense majorité des collègues, pressés par le programme à finir, éviteront ces débats chronophages. Puissent-ils malgré tout ne pas passer à côté d'une occasion de faire réfléchir nos grands ados à une dimension fondamentale de leur vie relationnelle.

Gérard Fischer
Reims

 

 
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