lundi, 22 août 2016 06:45

Rentrée 2016 : le nouveau collège, c'est parti !

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A cette rentrée, la Réforme du Collège entre en vigueur.
En quoi consiste-t-elle et que peut-on en penser ?

 

Depuis plus d'un an, les médias et les réseaux sociaux se sont emparés de la réforme du collège en préparation, la réduisant tantôt à "l'abandon du Latin et du Grec", tantôt à "l'assassinat de l'Allemand". A l'heure où elle entre en vigueur, je voudrais tenter ici d'en faire une présentation brève. Elle est le fruit d'un dialogue approfondi avec un enseignant de collège qui depuis un an s'est investi pour la préparer dans son établissement, et s'appuie également sur un site fort bien fait, La Réforme du collège 2016 en clair, mais aussi évidemment sur les textes de l'Education Nationale. Bien sûr, je ne m'interdis pas non plus de porter une appréciation que le lecteur partagera ou non. Que chacun s'exprime !

 

Tout le monde sur le pont ! C'est à cette rentrée 2016 qu'entre en vigueur la Réforme du Collège, et pour une fois elle ne manque pas d'ambition. Il ne s'agit plus d'ajustements cosmétiques, mais d'une refonte totale de la manière d'enseigner, et cela sur les quatre années du collège à la fois. Et pour une fois, elle propose une démarche globale - même si nous verrons un peu plus loin qu'elle posera inéluctablement des problèmes de mise en œuvre.

Un nouvel accès de "réformite" ?

La réforme, on ne parle que de ça… mais ça va rarement au-delà des slogans ! Alors, fallait-il vraiment réformer le collège ? Depuis des décennies, on constate qu'une forte proportion des jeunes de 16 ans, au terme de la scolarité obligatoire, maîtrisent de moins en moins les apprentissages de base. On constate surtout que les écarts se creusent entre ceux qui acquièrent le bagage nécessaire à une insertion fructueuse dans la société et ceux qui se retrouvent plus ou moins laissés pour compte à l'issue d'un collège en principe "unique".

Les causes, en particulier au niveau du collège, sont connues depuis longtemps : différences considérables entre les niveaux culturels des familles, cloisonnement des connaissances par disciplines sans rapport évident entre elles, course perpétuelle pour essayer de finir un programme qu'on ne rattrape jamais, accumulation d'activités annexes toutes importantes et nécessaires (éducation routière, secourisme, voyages scolaires, etc.), mais qui ne peuvent se réaliser qu'aux dépens des cours classiques ou en surchargeant les horaires. Et on pourrait continuer la liste…

Il importait donc de définir une organisation de l'enseignement qui permette un passage sans trop de heurts entre l'école et le collège, qui prenne en charge de façon systématique la diversité des jeunes, qui intègre aussi harmonieusement que possible les activités "annexes", qui mette en valeur les liens entre les disciplines et organise l'interdisciplinarité ; et pour mettre tout cela en œuvre, qui sorte les professeurs de leur isolement disciplinaire et favorise la constitution d'équipes. C'est ce que tente de faire l'actuelle réforme du collège.

Le Socle Commun, la base de tout.

En fait, elle vient de loin, précisément de la publication en 2005-2006 (après de longues discussions) d'un "Socle Commun des Connaissances et des Compétences" qui tentait de définir ce qu'aucun élève de 16 ans ne devrait ignorer pour pouvoir mener une vie d'adulte et de citoyen satisfaisante ; il a commencé à être mis en œuvre avec plus ou moins de bonheur, mais depuis cette date n'a eu qu'un impact limité sur les programmes et l'évaluation, et n'a pas permis de renouveler l'approche pédagogique globale.

Du coup, on a remis l'ouvrage sur le métier, et à cette rentrée 2016, un nouveau "Socle Commun de Connaissances, de Compétences et de Culture" revu et adapté entre donc en vigueur. Mais à la différence du précédent, il sert de cadre à la définition des programmes, en lien étroit avec ses cinq "domaines" :

1 - Les langages pour penser et communiquer,
2 - Les méthodes et outils pour apprendre,
3 - La formation de la personne et du citoyen,
4 - Les systèmes naturels et les systèmes techniques,
5 - Les représentation du monde et l'activité humaine

Ces "domaines" vont bien au-delà des approches disciplinaires traditionnelles, ainsi qu'à l'organisation de l'enseignement, qui se trouve du coup complètement renouvelée. C'est base de tout l'édifice.

De nouvelles temporalités.

Les objectifs ainsi posés, il faut les distribuer dans le temps. Sur la base de ce Socle Commun, la réforme organise d'abord une nouvelle gestion du temps : au niveau de l'école et du collège elle confirme l'organisation en "cycles", en particulier les cycles 3 (CM1, CM2, 6ème) et 4 (5ème, 4ème, 3ème) qui structurent la démarche. C'est maintenant par cycle et non plus par année que sont établis les programmes. Par voie de conséquence, ils nécessitent que les équipes d'enseignants, à l'intérieur du collège, mais aussi en coordination avec les professeurs d'école de CM1 et CM2, se concertent pour définir dans quel ordre seront abordées les notions qui constituent les "attendus de fin de cycle", un ordre qui peut différer d'un collège à l'autre, en fonction du profil des jeunes accueillis.

La deuxième temporalité définie est ensuite le cadre horaire hebdomadaire : pour les élèves de collège, il est de 26h, et outre les enseignements disciplinaires habituels, tous les "enseignements complémentaires" (cf. ci-dessous) devront y être inclus, ce qui est rendu possible par leur intégration dans les domaines du Socle Commun, et donc dans les programmes. Mais cela impose logiquement de renouveler l'approche pédagogique pour que ces activités prennent un sens en cohérence avec les disciplines, les différentes disciplines étant par ailleurs invitées à se coordonner pour mettre en évidence les multiples connexions qui les relient.

Les "enseignements complémentaires"

Bien sûr, vous brûlez de savoir ce qui se cache sous ce vocable d' "enseignements complémentaires" ? Il s'agit d'abord de l'Accompagnement Personnalisé (AP), qui donnera aux élèves la possibilité d'être accompagnés dans l'acquisition de méthodes de travail adaptées, globales ou disciplinaires, tout au long des quatre années (3h en 6ème, une au moins les autres années).

Dans son collège, en classe de 6ème, un prof de Maths prévoit de travailler en commun avec la prof de SVT et celui de Sciences Physiques pour traiter une partie du programme de Maths (lecture de tableaux et graphiques, unités et conversions, etc.), sur l'horaire de Maths ; cours de Maths donc, mais à deux voix et à chaque fois également au service de la Physique ou des SVT. Et les profs d'Allemand et d'Espagnol animeront un AP en 6ème en lien avec l'Anglais LV1 sur les méthodes et outils d'apprentissage en langues et la découverte d'une LV2, en préparation du choix à l'arrivée en 5ème.

Le deuxième volet des "enseignements complémentaires", ce sont les EPI (Enseignements Pratiques Interdisciplinaires), une autre nouveauté au collège pour les trois années du cycle 4 (2 ou 3h hebdomadaires), qui permettra aux élèves de s'initier, au carrefour de plusieurs disciplines, à une démarche de "projet" conduisant à une réalisation concrète, individuelle ou collective.
Dans le collège de mon collègue, en 5ème, un EPI est en préparation sur "Les modifications de l'organisme lors d'un effort", où les exercices et mesures faits en EPS serviront de base à la découverte de notions de biologie. Là encore, ce sont des points du programme des deux disciplines qui seront traités à deux voix.

Enfin, troisième modalité d'apprentissage, la scolarité devra intégrer les "Parcours", temps privilégiés d'intervention des acteurs associatifs ou institutionnels extérieurs au collège dans la scolarité. Quatre sont définis :

1 - le parcours citoyen,
2 - le parcours d'éducation artistique et culturelle,
3 - le parcours avenir,
4 - le parcours santé.

Pratiquement, c'est dans le cadre du "parcours citoyen" qu'un partenariat existant déjà depuis deux ans déjà entre le collège de mon collègue et une association s'occupant d'adultes handicapés va être valorisé.

Je prends le risque d'une conclusion…

J'arrête là cette présentation déjà fournie, en laissant volontairement dans l'ombre nombre de points, enseignements "de complément" (Langues et cultures de l'Antiquité, Langues régionales) - à ne pas confondre avec les "enseignements complémentaires", devenir des SEGPA, nouvelles modalités du Brevet, etc.

Il est évidemment beaucoup trop tôt pour porter un jugement sur cette "révolution" du collège, encore que beaucoup de ces méthodes aient déjà été défrichées dans le passé dans divers endroits. Le grand pari est de l'étendre d'un coup aux quatre années simultanément et à l'ensemble du territoire, même s'il est clair que tout ne se réalisera pas partout et tout de suite.

Bien sûr, on voit déjà se dessiner les points de blocage possibles : difficultés d'organisation de l'emploi du temps et de l'utilisation des salles, limitation des moyens horaires disponibles, mais surtout énorme effort demandé aux enseignant(e)s et aux administratifs pour se former, se concerter, imaginer, mettre en œuvre et mener à bonne fin cette multiplicité d'initiatives. Mais c'est paradoxalement là aussi que réside l'intérêt de cette réforme : présenter à des élèves qui vivent aujourd'hui dans un monde global et interconnecté un savoir moins parcellisé, plus unifié et plus en phase avec leur vie aujourd'hui et demain, ainsi qu'une initiation à des démarches de projet. Et tout autant, ce qui n'est pas le moins intéressant, miser sur la liberté et l'inventivité des enseignants pour travailler en équipe et élaborer des contenus pertinents susceptibles de piquer la curiosité de leurs élèves et de les conduire à la réussite. Je n'imagine pas que des enseignants chrétiens puissent ne pas se sentir concernés…

 


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