jeudi, 26 avril 2018 10:02

Femmes: chemin d'Espérance

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Des nouvelles des amis équipiers de par le monde, et une réflexion plurielle sur le thème : « Femmes, chemin d’Espérance ». Découvrir le dernier numéro d’Entre Nous , le bulletin de Communication et de Liaison Internationales des Equipes Enseignantes, édité par "Dialogue et Coopération".

La femme: chemin d'espérance malgré les difficultés
En Europe
Je ne peux m’empêcher de rapprocher ce thème, qui nous a été proposé, du célèbre vers d’Aragon : « La femme est l’avenir de l’homme », lequel souligne le rôle éminent qu’ont les femmes dans l’évolution, les avancées de la société humaine, et c’est en cela qu’elles sont chemins d’espérance. Mais pour que leurs engagements aboutissent au résultat qu’elles se sont promis de réaliser, pour qu’elles réussissent à convaincre leurs partenaires hommes qu’elles sont capables de les égaler dans différents domaines, voire de les dépasser, les difficultés sont souvent énormes, cela demande aux femmes beaucoup de volonté et de persévérance, car on ne leur fait pas confiance. Combien de tabous doivent être transgressés pour que leurs idées prévalent !
Cependant, toutes les époques de l’histoire de l’Europe ont vu des femmes s’imposer par leur énergie, leur foi, leur intelligence, leur force de caractère. C’est ainsi qu’au Moyen – Âge, de grandes figures féminines ont rivalisé avec les hommes sur le plan religieux. Citons pour exemples ces deux grandes mystiques, Hildegarde de Bingen et Catherine de Sienne. La première (11ème/12ème siècle) deviendra bénédictine, s’intéressera non seulement à la théologie et à la philosophie, mais aussi à des sciences comme la botanique et la médecine. Femme de lettres, elle rapportera dans ses ouvrages « ses visions ». Elle aura l’insigne honneur de prêcher dans les cathédrales. Elle accèdera à la sainteté et sera, plus tard, déclarée docteur de l’Eglise. Catherine de Sienne (13ème/14ème siècle) se fera remarquer par sa piété et son souci des pauvres. Dominicaine, elle accèdera à la sainteté et sera aussi déclarée docteur de l’Eglise.
A l’opposé de Ste Hildegarde et de Ste Catherine, qui ont toujours défendu l’autorité de l’Eglise, une sorte de mouvement de religieuses laïques, les béguines, s’est développé dans toute l’Europe pendant la période médiévale. Bien que menant dans leurs béguinages une vie exemplaire selon les préceptes du Christ, ces veuves et ces célibataires rejetaient toute tutelle du clergé et ont pu être considérées comme les premières féministes européennes. L’Eglise finit par condamner le mouvement comme secte hérétique, mais il dura encore longtemps.
Il faudra attendre le 18ème siècle, dit des Lumières, pour que les femmes, du moins celles d’une certaine classe, se sentent moins assujetties à l’autorité des hommes. La fréquentation des salons littéraires et philosophiques fait se rencontrer des femmes et des hommes qui échangent, sur un pied d’égalité, leurs idées sur la société et la politique du temps. On refait le monde, on est à la veille de la Révolution. Malgré une large participation des femmes à cette révolution, qu’elles soient du peuple ou de la bourgeoisie naissante, rien ne sera fait pour améliorer leur statut, à tel point qu’Olympe de Gouge, révolutionnaire et femme de lettres, se verra obligée de publier « Une déclaration des droits de la femme et de la citoyenne ». Mais Olympe de Gouge mourra sur l’échafaud et son ouvrage sera vite oublié.
Avec le misogyne Napoléon Bonaparte et les monarchies qui l’ont suivi, rien ne changera pour les femmes. Une prise de conscience qu’elles ont les mêmes droits politiques que les hommes verra le jour au cours du 19ème siècle en Grande-Bretagne et s’amplifiera au début du 20ème avec les révoltes des suffragettes. Celles-ci finiront par obtenir le droit de vote et leur mouvement fera tache d’huile en Europe, sauf en France, où les femmes devront attendre 1945. La témérité des suffragettes sera une grande victoire pour les femmes, mais aussi pour la démocratie.
A la même époque que les suffragettes, une scientifique émigrée de Pologne en France, Marie Curie, devra beaucoup lutter, aux côtés de son mari Pierre, pour être reconnue par l’Université française et obtenir un local sordide devant servir de laboratoire à ses recherches. L’opiniâtreté de Marie Curie lui vaudra de décrocher un double prix Nobel de physique et chimie et d’obtenir la reconnaissance internationale du monde scientifique et médical pour ses découvertes. Mais l’exemple de Marie Curie aura aussi permis d’ouvrir aux femmes les études scientifiques dont elles étaient écartées jusque-là, puisque réservées aux hommes.
Au cours des deux guerres mondiales, le statut social des femmes va évoluer. Pendant la première, qui va durer un peu plus de 4 ans, les femmes vont devoir remplacer les hommes partis au front. Elles vont travailler dans les usines, le plus souvent pour assurer l’armement nécessaire à la poursuite du conflit. Celles qui sont à la campagne assureront les travaux agricoles et l’exploitation de leur ferme en l’absence du mari, si elles en ont une. Dans les deux cas, ouvrières en usine ou fermières, elles auront une grande responsabilité qu’elles n’avaient pas auparavant et qui était celle des hommes. C’est déjà une avancée vers l’égalité.
Durant la Seconde Guerre Mondiale, des femmes feront le choix d’entrer en résistance contre l’occupant nazi, au risque d’être arrêtées par l’ennemi, torturées et envoyées en camp d’extermination. Ce choix désintéressé de risquer sa vie pour la liberté de son pays et de ses concitoyens en s’engageant dans la lutte armée, à l’instar des hommes, n’était peut-être pas tout à fait nouveau, mais vu le nombre de femmes qui l’ont fait pendant l’Occupation, il peut être regardé aussi comme un pas vers l’égalité hommes-femmes. Deux de ces femmes, grandes figures de la Résistance, Germaine Tillon et Geneviève de Gaulle Antonioz auront l’honneur d’entrer au Panthéon, jusque-là réservé aux hommes. Preuve que quelque chose avait bien changé dans les mentalités au sujet du rapport hommes-femmes.
Aujourd’hui, grâce à la possibilité pour les femmes de faire des études dans tous les domaines, elles peuvent théoriquement accéder aux mêmes postes et responsabilités que les hommes, si elles en ont les capacités. Pourtant elles sont encore victimes de discrimination lorsqu’il s’agit de nominations à des postes très importants : par exemple, une femme peut être ministre dans l’Unio Européenne, mais rarement premier ministre et encore moins chef d’Etat. On pourrait aussi parler de discrimination vis-à-vis des femmes en matière de salaires, car le slogan « A travail égal, salaire égal » est rarement appliqué, sauf dans la fonction publique. On essaie en France de respecter la parité hommes-femmes dans la formation des gouvernements afin d’établir une certaine égalité, mais c’est souvent un vœu pieux, car difficile à réaliser dans la réalité.
On remarque actuellement que certaines femmes qui ont pu accéder à des postes importants cherchent à mettre la chance qu’elles ont eue au service de leurs compatriotes. C’est le cas de Claire Barbillon, toute nouvelle Directrice de l’École du Louvre et première femme à occuper cette fonction depuis l’ouverture de l’école en 1882. L’un de ses grands projets : « ouvrir l’école à un public aussi large que possible…, proposer des cours aux étudiants qui se disent que l’École du Louvre leur est inaccessible. Leur montrer qu’il y ont leur place ». Ancienne enseignante concernée par l’intégration, elle pense que l’art permet de faire dialoguer les cultures au sein d’un même pays. C’est une sorte de repère qui diffuse des valeurs d’échange et de respect mutuel. Elle voit le musée comme lieu de cohésion sociale, la culture comme facteur d’intégration. C’est dans ces valeurs, dit-elle, qu’est l’avenir de l’école. (cf. La Croix)
D’autres femmes, au parcours plus modeste, se sont lancées dans le bénévolat afin de construire la paix par l’éducation des jeunes et le dialogue interreligieux. Latifa Ibn Ziaten, mère d’un soldat assassiné par le terroriste Mehra, a refusé la vengeance et préféré visiter les écoles afin de dialoguer avec les jeunes et leur faire comprendre à quoi pouvaient mener les dérives religieuses. C’est la même mission que s’est donnée Laura Passoni, ancienne militante de Daech, qui a rejeté sa radicalisation de façon sincère pour instruire les jeunes.
On pourrait citer, dans le même ordre d’idée, les femmes bénévoles qui accueillent en France des migrants que la population locale rejette. C’est le cas à Calais, où la Jungle tend à se reformer, mais aussi dans le Vaucluse, où récemment des manifestations ont eu lieu contre l’implantation d’Irakiens, mais là, les bénévoles ont reçu le soutien de l’Eglise dans un climat politique tendu.
Enfin, je voudrais conclure cet exposé par le rapport entre l’Eglise et les femmes. Un grand nombre de ces dernières se sont longtemps senties dévalorisées par l’Eglise du fait qu’elles étaient écartées de la prêtrise et ne pouvaient servir Dieu et l’Eglise qu’en se faisant religieuses. Ce pied dans l’Eglise facilitait la béatification et la canonisation, si elles en étaient jugées dignes. Vatican II a été une ouverture de l’Eglise en direction des femmes puisqu’elles ont pu être investies de certaines missions par l’évêque de leur diocèse, sans parler d’autres tâches comme l’animation liturgique, dont on ne leur donnait pas la responsabilité. Mais pour le reste, l’Eglise est restée sur ses positions.
Ceci dit, nous devons nous réjouir de certaines avancées comme la décision qu’a prise le pape François de décréter l’héroïcité des vertus de Madeleine Delbrêl, cette grande mystique laïque française et figure majeure du christianisme social, marquant ainsi une étape importante dans sa béatification.
André Poisson
En Amérique latine
Femmes et droits humains
1 – La revue Faim et Développement du CCFD-Terre Solidaire rapporte, dans son numéro de Mars 2018, la lutte des femmes indigènes d’Amérique latine. Il est noté « A l’initiative de la FAO (organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), le forum Donner le pouvoir aux femmes indigènes pour éradiquer la faim et la malnutrition en Amérique latine et dans les Caraïbes (ALC) s’est tenu en janvier à Mexico City ». De très nombreux débats ont regroupé 230 représentantes de 11 gouvernements, d’organisations de peuples indigènes et d’organisations internationales. La priorité a été donnée à ce qui concerne de manière cruciale la biodiversité, les systèmes alimentaires et les droits des femmes indigènes. Celles-ci ont demandé aux gouvernements et à l’ONU « une meilleure reconnaissance de la contribution des agricultrices dans le développement durable, la sécurité alimentaire et la nutrition, et le bien-être économique des peuples ». Souhaitons qu’elles soient réellement entendues.
2 – Dans ce même numéro, un long article aborde le problème de certaines tribus d’indiens vivant en Amazonie, avec la nation Wampis, située au Nord-Ouest du Pérou. En novembre 2015, 300 représentants de l’ethnie Wampis ont déclaré officiellement la création du premier gouvernement territorial autonome indigène du Pérou. Le premier président élu, Wrayz Pérez Ramirez explique : « L’objectif de ce gouvernement autonome est de défendre notre territoire face aux menaces de déforestation et d’extraction minière et pétrolière ». Mais pour cette population d’Indiens qui vivent au sein de la forêt amazonienne qui les nourrit et abrite les esprits de leurs ancêtres, l’agriculture familiale joue un rôle capital. Dans ce domaine, le rôle des femmes est primordial ainsi que celui de la transmission des traditions. Ainsi Carmen, 42 ans mère de huit enfants, chante et respecte un rituel immuable avant de cultiver la Terre Mère. Elle explique : « Nous, les Wampis, voulons continuer à vivre en paix, en harmonie avec la nature, et préserver nos traditions. C’est pour cela que nous avons créé notre nation. Et nous ferons tout pour protéger notre terre contre ceux qui veulent la détruire ».
La « constitution », mise en place par le gouvernement Wampis, stipule la volonté de parvenir à une « véritable égalité des genres », à la fin de la violence envers les femmes et de la polygamie, désormais interdite.
3 – « Caravane des mères de migrants disparus »
En décembre 2017 a eu lieu la treizième « caravane des mères de migrants disparus » organisée par le Mouvement des migrants d’Amérique centrale, avec des organisations sociales mexicaines, centraméricaines et des défenseurs des droits humains. Cette marche entrait au Mexique par la frontière de Ciudad Hidalgo, au Chiapas pour entamer un parcours de 4000 km en suivant la route migratoire, à la recherche des enfants disparus. Elle a traversé 12 États et 22 localités du pays, pour protester contre la disparition de nombreux mexicains (enfants et adultes), et la violence que des milliers de migrants endurent lors de la traversée du pays.
Selon les Nations Unies, chaque année 500 000 personnes environ traversent la frontière Sud du Mexique. La plupart d’entre elles viennent du Nord de l’Amérique Centrale, région frappée par une violence extrême et une inégalité économique.
La caravane des mères d’Amérique centrale a rejoint le collectif des mères et des familles de Mexicains disparus pour renforcer la solidarité politique entre ces femmes qui exigent informations, justice et fin de l’impunité. Sur son trajet, elle dénonçait les violences et les répressions qui touchent autant les migrants que les Mexicains. Des appels aux agences de presses, aux correspondants, aux reporters des médias nationaux et internationaux et aux grands groupes de communication ont été lancés afin qu’ils couvrent largement cet événement.
Femmes et économie
Il n’est pas besoin de redire combien les femmes, en Amérique latine comme ailleurs, jouent un rôle capital dans l’économie familiale ainsi que pour la souveraineté alimentaire. Elles sont partout très présentes sur les marchés de légumes et de fruits, particulièrement dans les petites villes et villages des coins les plus reculés de divers pays. Elles parviennent ainsi, non seulement à nourrir leur famille, mais également à obtenir des revenus qui leur sont propres et permettent de nombreux projets personnels et pour leurs enfants.
Ce qui les caractérise aussi est la capacité qu’elles ont à se regrouper pour former des groupes, des associations, voire des coopératives qui, en reposant sur leur courage et leur solidarité, leur permettent d’obtenir des droits et de former des leaders qui défendront leur cause. Un exemple : En Amazonie brésilienne, dans le Maranhao, autrefois les femmes récoltaient les noix de palmier à huile, le hommes allaient les vendre à la ville ; un grand nombre d’entre eux dépensaient l’argent à boire la cachasa au lieu de troquer les noix contre des denrées alimentaires ou des objets nécessaires à la vie de la famille.
Maintenant, les femmes casseuses de noix, se sont mobilisées et organisées pour vendre elles-mêmes leur récolte. De plus, elles mènent une lutte pour la conservation de leurs terres face aux multinationales qui veulent les leur prendre ou les leur acheter.
Femmes en politique
En Amérique latine, depuis longtemps, les femmes jouent un rôle important en politique, même s’il y en a peu qui sont parvenues à des postes majeurs dans leur pays. Vous pouvez lire un témoignage de Rita Toledo Figuera sur le sujet, équipière militante de l’Équateur dans la revue de Dialogue et Coopération, « Entre nous » n° 82.
Femmes dans les Équipes Enseignantes d’Amérique latine
Il est important de reconnaître la capacité à s’engager fortement pour des enseignantes, jeunes ou moins jeunes, au service des Équipes Enseignantes du sous-continent américain. De nombreuses responsabilités leur sont confiées à tous les niveaux :
au niveau continental : la coordinatrice, Maricarmen Murillo, de l’Équateur, occupe le poste attribué pour 4 ans, jusqu’en janvier 2019. Sa charge de travail au service du continent s’ajoute à son devoir de mère de famille et d’enseignante en crèche.
au niveau régional : Ce sont également trois femmes qui assurent la coordination avec : Muryel Mancia Mendoza, du Salvador (région Nord), Enna Victoria Santillan Ortiz, du Pérou (région centre), Patricia Lau Munoz, du Chili (région Sud). Toutes sont également en activité.
au niveau national : Chaque pays possède un ou une responsable élu par les Équipiers de ce pays. Sur 17 pays où existent des Équipes Enseignantes, on trouve 13 femmes et 4 hommes. Ces 4 hommes ont en charge le Honduras, Haïti, Cuba et le Guatemala.
A noter que les conditions pour assumer ces responsabilités sont plus difficiles pour des femmes dans ces 4 pays où jouent la culture et la condition économique des femmes (Honduras, Haïti), la pression du gouvernement pour Cuba et le fait de l’implantation récente des Équipes au Guatemala.
Partout les femmes sont très présentes et engagées bien qu’elles aient moins de possibilités de quitter leur foyer que les hommes. Les rencontres entre responsables étant parfois éloignées de leur lieu de vie, ou d’une durée de plusieurs jours.
accompagnatrices spirituelles : Dans de nombreux pays, les membres des Équipes Enseignantes n’ont pas d’aumônier national. Cependant, la nécessité d’un(e) référent(e) spirituel est importante pour eux. Aussi, ils ont des accompagnateurs ou plutôt des accompagnatrices assumant un rôle d’aumônier (en Argentine, Carmen Tromboto, au Pérou Pochy Villanueva et en Équateur Dioselina Toral). Elles ont été envoyées en mission lors d’une rencontre continentale par les aumôniers en charge du continent.
En Afrique
Entre le contexte actuel et la journée internationale des droits de la Femme, le thème ne pouvait pas être mieux choisi. Quelques flashs de ces dernières années :
En 2016, neuf journalistes du journal « Le Monde3, qui traitaient de l’Afrique ont décidé de rendre hommage aux femmes. Elles ont été choisies ni pour leur influence, ni pour leur fortune mais parce qu’elles sont en train de changer leur continent. Photographe, agricultrice, banquière, religieuse, actrice ou ancienne couturière, elles sont devenues des personnalités incontournables.
En juin 2017, l’Institut du Monde Arabe présente l’exposition « Trésors de l’Islam en Afrique ». Nala Aloudat, co-commissaire de l’exposition a souligné la créativité des femmes, à travers les magnifiques boubous brodés, les draps de lit peuls et leurs bijoux.
Année 2018, dans le dernier numéro de la revue « Développement et Civilisations », Fatimata Touré témoigne. Ingénieur agronome, fondatrice de l’ONG GREFFA (Groupe de recherche, d’étude, de formation femme action) a vécu dans Gao (Nord Mali) occupée. Son message : « il y a toujours quelque chose à faire ». Leur résistance collective, au sein de leur communauté (aidée par l’intervention militaire internationale) leur a valu la distinction de « la femme courage » attribuée par le secrétariat d’Etat des Etats-Unis (reconnaissance de toutes les femmes qui ont lutté pour leur dignité). Les priorité de cette association se situent dans 3 domaines : la gouvernance, pour que les femmes participent aux prises de décisions ; la santé et l’éducation pour plus d’accès des filles à l’enseignement et aux droits humains.
En RDC, après des études de médecine en Europe, Colette Kitoga, pendant plus de 30 ans consacre sa vie aux plus démunis. On la surnomme « mère des veuves et des orphelins ». Quand la guerre éclate, son appartement se transforme en nurserie (à Bukavu). Elle accueille des enfants soldats en cavale, qui ont vu leurs parents assassinés. Elle suscite des familles d’accueil et crée, 4 centres co-gérés par des infirmiers et psychothérapeutes bénévoles. Les femmes violées – appelées veuves par protection – y reçoivent des soins médicaux et y trouvent une écoute. Ce médecin tente l’autofinancement par l’expérience de l’élevage (des poules et des cochons).
Au Burundi et en RCA, Bineta Diop dont l’essentiel de la carrière s’est développée dans l’ombre, s’est impliquée dans des initiatives de Paix sur le continent au travers de l’ONG (FAS) « Femmes Africa Solidarité ». Sa préoccupation est d’intégrer les femmes dans la résolution des conflits et les processus de Paix. En 2004, elle a amené les chefs d’Etats de l’Union africaine à appliquer le principe de la PARITÉ, dans l’élection des commissaires. Son message : « Ce sont les femmes qui subissent la violence. Ce sont elles qui reconstruisent en faisant le travail de réconciliation. C’est pour cela qu’elles doivent faire entendre leurs voix lors des négociations ».
Cheminement des difficultés surmontées.
A Dakar, où elle est née, Patricia Domis est séparée contre son gré à 2 reprises (enfant et adolescente) de sa famille – en Guinée, puis en France au Havre, comme bonne, chez des inconnus. Là, elle apprend d’emblée qu’il va falloir « patienter » pour obtenir des papiers, avant de penser aux études. Au bout de 3 ans1/2, elle prend conscience de sa situation et part, pour Paris, avec seulement, un numéro de téléphone en poche. Elle erre puis parvient à retrouver un de ses frères qui travaille à Lyon et qui paiera son billet d’avion pour rentrer au Sénégal. Son retour est vécu, par elle et sa famille, comme un échec. Volontaire, sa route croise un comédien qui lui confie un petit rôle dans un spectacle. Pendant 2 ans travaille avec une comédienne brésilienne, qui lui propose une bourse, pour une école de théâtre à Paris, pendant un an. Désormais, elle va écrire, pour elle et mettre ses maux en scène, dans « La bouche d’une poupée de chiffon ». La comédienne voit dans son spectacle (qui raconte la vie des femmes africaines) un moyen de sensibiliser les filles et les garçons, envoyés en Europe, dans des familles où ils travaillent comme des esclaves.
En 2005, Patricia Domis crée l’association culturelle humaniste DJARAMA, en regroupant comédiens, musiciens, peintres et moniteurs de collectivités éducatives. L’association a pour but de contribuer à la construction d’un modèle de vie plus respectueuse des individus ainsi que de l’environnement, en utilisant comme principal vecteur l’art, la culture et l’éducation. Depuis 2011, son espace se veut ouvert, dans la commune de Popenguine.
Nous avons découvert cette association par le biais d’un petit groupe théâtral d’Ivry. Il est animé par une enseignante retraitée, dynamique (de la paroisse que fréquentait Jacqueline Cretté). Invitées par l’association DJARAMA, ces 3 Ivryennes sont (du 8 au 18 mars) au Sénégal, pour présenter leur spectacle « La révolte des couleurs » au lycée français. Il est question de « liberté, égalité et fraternité ».
L’association s’est produite dans plusieurs villes du Sénégal, au Burkina Faso, au Bénin et en 2015 a poursuivi sa tournée en Afrique centrale et de l’Ouest.
Forte de sa réussite, Patricia Domis décide d’en faire profiter son village (Toubab Dialaw) où une école maternelle, une bibliothèque et un centre informatique ont été ouverts. En parlant des femmes sénégalaises, notre comédienne dit : « Ici, elles jouent un rôle important. Beaucoup ont compris que pour se développer, il faut agir dans la société afin de faire avancer les choses dans leur pays ».
Je termine en évoquant le réseau mondial d’ONG, soutenu par l’ONU « MEN ENGAGE » qui intègre dans son programme « maris et chefs de village ». Je cite un de ses slogans : « Nous n’atteindrons l’égalité qu’en travaillant ENSEMBLE ».
Lucette Villetard
En Asie
Avec 100 millions de femmes manquantes en Asie, le monde voit, pour la première fois, sa population féminine amputée à une telle échelle. Sont concernés par cette discrimination voire cette élimination féminine, l'Inde, le Pakistan, le Bangladesh, Taïwan, la Chine, la Corée du Sud et l'Indonésie. Laxisme, corruption, poids des traditions entraînent souvent le non respect de lois pourtant favorables à la femme.
Seul le Kérala, en Inde affiche un "ratio" normal, 100 filles pour 100 garçons, les dirigeants ayant mis l'accent sur l'éducation et sur l'égalité hommes/femmes. Avec cette politique proche du génocide, les femmes subissent une vie quotidienne faite d'oppressions et de violences :
Agressions sexuelles banalisées.
Tortures, atteintes à l'intégrité physique, droit de vie ou de mort justifié pour différents motifs (adultère, désobéissance à leur père, frère ou mari, dot insuffisante, honneur de la famille…).
Encore aujourd'hui, la vie d'une femme n'a plus de valeur si elle n'a plus de valeur marchande.
Par delà cette réalité effrayante qui touche toutes les couches sociales, les populations illettrées et pauvres habitant les campagnes sont les plus vulnérables. Dans les zones urbaines, les femmes font valoir leurs droits et leurs compétences au même titre que les hommes. L'influence occidentale et des moyens technologiques modifient favorablement leur statut. Mais si elles deviennent indépendantes et responsables de leurs conditions, elles doivent subir la pression des coutumes et des pratiques ancestrales des familles.
Dans les régions défavorisées ou les coutumes patriarcales demeurent, une espérance renaît pourtant. Des femmes se relèvent et se réunissent, des mouvements se créent. Par l'éducation, la volonté, le courage, elles reprennent confiance, se responsabilisent face au pouvoir des hommes et des familles au péril de leur vie.
De nombreux équipiers et équipières font partie de la défense des droits de la femme (Inde, Pakistan, Philippines). Leurs témoignages reflètent à la fois la confirmation des exactions mais aussi la renaissance d'une reconnaissance humaine et sociale de la femme digne d'un monde moderne.
Les femmes au Kérala
Elles peuvent décider de leurs études, choisir leur travail pour se protéger, occuper les postes de Ministres comme les hommes (Affaires Étrangères, protection de l'Environnement). Des femmes sont enseignantes, infirmières, employées dans les banques. Aujourd’hui, elles arrivent à gagner leur vie sans attendre l’aide de leurs parents. En silence, sans trop parler, elles se débrouillent dans leurs difficultés. Les hommes ont de la force, mais les femmes ont du pouvoir invisible. Elles ont compris que joie et souffrance ne peuvent être séparées. Beaucoup de femmes se sacrifient pour être épouses jusqu’au bout de leurs vies. Certaines travaillent durement, même plus que les hommes, avec courage et énergie.
Des actions : à Anganvady, une institutrice d'une école pour les petits, aide les femmes par l’entremise des enfants qu’elles éduquent. Un groupe volontaire aide les filles ayant été violées. Des groupes contribuent à conscientiser des jeunes filles aux problèmes qui les assaillent. Beaucoup travaillent au service des femmes. Des associations visitent les familles et les veuves touchées par des problèmes sociaux.
Léonie Manicame (Inde)
L'égalité avec les hommes
Les Philippines ont toujours vécu l'égalité avec les hommes. Elles ont profité des avantages éducatifs et politiques La présidente Corazon Aquino et d'autres femmes sont des exemples de ce que peuvent accomplir les femmes. En politique, le pays a la plus grande représentation féminine de l'Est de l'Asie.
En société : Les femmes aujourd'hui jouent un rôle de chef de famille, gèrent le budget, s'occupent de l'éducation religieuse et du mariage de leurs enfants. C'est un grand contraste quand on sait qu'elles dépendent de leurs maris. L'émergence de leur pouvoir social modifie favorablement ainsi le rôle qu'elles ont à la maison et dans la relation maritale. Le pays possède le plus haut pourcentage d'entreprises dirigées par des femmes.
L'État mise sur l'engagement des femmes, l'égalité avec les hommes, l'égal accès aux ressources. Il promeut l'abolition des discriminations sous toutes les formes et développe des plans, des programmes et des mesures dans la vie politique, économique, sociale et culturelle (CEDAW).
Rosalinda Francia (Philippines)
« L'herbe est comme moi. Aussitôt qu'elle lève la tête, la tondeuse la tond régulièrement ». Il y a des décades, l'engagement des femmes était revendiqué. En dépit des mouvements féministes, la condition féminine reste la même. Victimes de molestations, d'agressions, de la domination patriarcale dans la société, peuvent-elles se défendre ? Malgré la modernisation, pour les femmes éduquées ou illettrées, urbaines ou rurales, pauvres ou riches, les droits restent encore un combat.
La pauvreté est un obstacle majeur dans l'absence d'éducation des filles (21% de la population est en dessous du seuil de pauvreté). Un proverbe dit : « Si vous éduquez un homme, vous éduquez un individu, si vous éduquez une femme vous éduquez la nation toute entière ».
Entre les participantes nationalistes de 1947, puis reléguées dans les seuls travaux domestiques jusqu'à l'apparition de certaines superwomen aujourd'hui, l'Inde a tout vécu. D'un côté, les échelons du succès, de l'autre, les violences familiales. Un monde cruel, dur les attend encore. La femme indienne doit tracer elle-même sa voie à travers les préjudices subis. L'homme doit permettre et accepter que, dorénavant, la femme soit à égalité, participante de l'avenir du pays.
Jacinta Pereira (Inde)
Il y a deux sortes de femmes : celles qui sont pauvres, délaissées et soumises aux pressions de la famille et de la société et celles qui sont indépendantes et volontaires. En outre, une grande différence entre femmes urbaines et rurales subsiste. Il y a aussi celles hautement qualifiées dans le monde réservé aux hommes. Un grand nombre de professionnelles se retrouve dans la société indienne : enseignantes, médecins, avocates, ingénieurs, scientifiques ou journalistes.
Julia Miranda (Inde)
 
Les difficultés
Nous vivons ici dans une société où les hommes dominent à peu près dans tous les domaines. Par exemple, dans la plupart des foyers, le père ou le mari prend les décisions les plus importantes sans consultation. Dans les villages, au moment des repas, souvent les hommes mangent ensemble tandis que les femmes font de même dans une pièce séparée. Regardez un couple marcher ensemble sur le chemin ou dans la rue, vous verrez que la femme marche toujours à la suite de son mari et non à ses côtés. Ce sont là, à mon avis, des expressions frappantes d’un préjugé culturel.
Chemins d’espoir
Bon nombre de femmes jouent un rôle de "leadership" dans les domaines sociaux et économiques. En Inde des régions adoptent encore le système matriarcal. La femme la plus âgée prend les décisions importantes dans la famille. Les querelles intra-familiales y sont moins fréquentes !
Je crois que la contribution la plus positive de la femme à la société indienne est la façon dont elle s’occupe de ses enfants. Elle est prête à tout faire pour que ses enfants soient pourvus de beaux vêtements, de bonne nourriture et d’une excellente éducation scolaire. C’est elle qui maintient la famille unie, elle est la plus engagée dans les mouvements d’Église et de la société au service des enfants. Au sein de l’Église, c’est encore elle qui est la plus assidue aux pratiques religieuses. Je n’hésite pas à mentionner que, dans nos Équipes Enseignantes, elle est la plus active.
Hervé Morissette (Inde)
Le destin du pays dépend de l'égalité des sexes. Il est impossible de penser le bien être du monde tant que la condition de la femme ne se sera pas améliorée. Il est impossible à un oiseau de voler avec une seule aile.
Deva Shantini (Inde)
Dans une Inde rurale qui ploie sous la sécheresse et les dettes, où les paysans se suicident par milliers, les femmes prennent désormais la relève et réhabilitent une agriculture solidaire et durable.
Article du Monde Diplomatique de Mars 2018
Femmes au Pakistan
Dans un état islamique, tout dépend des règles islamiques de l'homme dominateur. La femme vit dans un monde structuré par la religion, la famille et les traditions tribales. Même avant sa naissance, une fille n'est pas la bienvenue. Éducation et mariage sont décidés, Une femme n'est considérée comme mère seulement si elle a un garçon. Dans la rue, les restaurants, les femmes sont interpellées. Même devenues âgées, l'homme de la famille décide à sa place. La vie d'une femme n'est que soumission.
L'accès à la connaissance est en train de changer car on s'aperçoit des conséquences sur le bien-être de la famille et du pays. Ainsi les filles sont dans des écoles distinctes des garçons pour ne pas être perturbées. Les femmes récemment entrent au gouvernement en matière de loi, de médecine, d'armée : exemple la première ministre Benazir Bhutto de 1988 à 1990. « Women's Development Centers » a été créé pour la formation des femmes. Des associations féminines se multiplient.
Les Équipes Enseignantes en Inde
Aide, encouragement, formation des femmes à travers les rencontres nationales furent les objectifs prioritaires depuis des décennies : défense des droits humains, émancipation des femmes, corruption des femmes, violence faite aux femmes et aux enfants, défense des droits de la femme et l'éducation des filles, engagement des femmes…
Les avancées courageuses des femmes dans les pays asiatiques où elles sont encore humiliées, violentées, considérées comme des objets ou des valeurs marchandes sont exemplaires pour la défense des droits des femmes dans nos pays dits civilisés. Les dangers de déviance ne sont pas si loin. L'influence du machisme habituel, l'indifférence, la pression intégriste religieuse ou non ne doivent pas être minimisées ou banalisées. La vigilance et l'action doivent être des priorités pour donner à la femme le statut égalitaire qui lui revient de plein droit.
Didier Tardif
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