samedi, 07 janvier 2012 09:24

Compte rendu de voyage au Pérou

Écrit par

Tourisme intelligent pour découvrir les problèmes du Pérou – et les initiatives de ceux qui ne se résignent pas.

du 10 novembre au 6 décembre 2011

            Après le premier séjour de Marie-Michelle au pays des Incas en 2010, son rêve d'y retourner à deux et de me faire découvrir ce pays extraordinaire s'est enfin réalisé.

            Notre voyage avait un triple objectif : 1) Visiter les réalisations de l'Asociación Gabriela Mistral, que nous parrainons à travers Enfance et Partage Haute-Picardie ; 2) Prendre contact avec les équipiers péruviens de Lima et avec Jean Dumont ; 3) Faire un peu de tourisme pour connaître le Pérou et son histoire, au moins en partie.

1) L' Asociación Gabriela Mistral est née il y a 35 ans de l'idée d'une assistante sociale péruvienne, Diana Gamarra, qui émue par les conditions de vie des habitants des quartiers Sud de Lima, puis des quartiers Nord, a voulu assurer aux enfants de ces secteurs au moins un repas complet par jour et un minimum d'éducation et d'instruction en créant des jardins d'enfants. Des hôtesses de l'air d'Air France, mises au courant de ce projet, ont fondé l'association Enfance et Partage pour venir financièrement en aide à Diana Gamarra, mais l'action de cette association ne se limitera pas au Pérou. Récemment, des divergences quant à la poursuite du financement du projet péruvien ont fait que l'association s'est scindée en deux et qu'est née Enfance et Partage Haute-Picardie.
            Les quartiers pauvres et déshérités du Sud et du Nord de Lima ont pour origine l'afflux d'une population composée essentiellement de paysans fuyant à la fois la misère et le terrorisme (Sentier Lumineux) des campagnes et de l'Altiplano. L'arrivée soudaine de tous ces gens et le manque de logements ont surpris les pouvoirs publics. Mais, comme la Constitution les y autorise, les municipalités ont essayé de remédier à cette situation en accordant aux familles des lots de terrain au flanc des montagnes volcaniques enserrant Lima (les cerros), quitte à ces familles de construire leur maison en dur pour en devenir propriétaires; on leur fournissait l'accès à l'électricité, mais pas à l'eau potable. Toutefois, sans plan d'urbanisme préconçu, ces constructions deviendront vite anarchiques. En plus, beaucoup de familles n'avaient pas les moyens d'acheter les matériaux pour construire en dur, si bien que pas mal de ces constructions s'apparentaient à des cabanes (chozas). Mais l'organisation interne de ces quartiers, avec des responsables, ont évité leur transformation en favelas. 
            Le lendemain de notre arrivée, le 11 nov., nous avons visité les 3 jardins d'enfants des quartiers Nord. Nous accompagnions des membres de l'OICN (Organisation Internationale des Centres Nutritionnels), qui apporte aussi son aide financière au projet de Diana. Nous avons trouvé des éducatrices motivées et dévouées. Elles sont, bien sûr, salariées. Les repas sont préparés sur place dans chaque centre. Une expérience est actuellement réalisée avec le lait de soja, riche en qualités nutritionnelles, en protéines. Avec 3 kg de soja garanti bio, on extrait 20 litres de lait de soja, que l'on donne à boire aux enfants pendant les repas, mélangé à un jus de fruitpour en améliorer le goût. Des cuisinières, rémunérées, préparent les repas, tandis que des mamans d'élèves s'occupent du ménage contre le repas gratuit du midi, qu'elles prennent sur place, et celui du soir, qu'elles emportent. Ces établissements créent des emplois et permettent à ces femmes d'avoir une certaine indépendance vis à vis des maris et de prendre des initiatives.
            
Le 12 nov. au matin, nous sommes retournés dans les quartiers Nord. C'était la fête au quartier Libertad, car on remettait aux habitants leur titre de propriété qu'ils attendaient depuis longtemps.  Fanfare, discours des responsables locaux et de la représentante de la municipalité de Lima. Rappelons au passage que Mme le Maire de Lima, Susana Villarán, est une ancienne des EE du Pérou ; nos amis équipiers péruviens n'en sont pas peu fiers.
            
Nous avons dû attendre le retour de Diana, partie une semaine en République Dominicaine faire des conférences sur les bienfaits du lait de soja, pour visiter les centres des quartiers Sud, c'est à dire les premiers réalisés : Kukuli et le 10 de Octubre. On a créé là, en plus des jardins d'enfants, des comedores, sortes de cantines populaires, où les personnes nécessiteuses du quartier peuvent avoir un repas consistant pour un prix dérisoire. Là aussi, ce sont des femmes de ces quartiers pauvres qui y travaillent. En dehors des repas qu'elles préparent et servent, elles peuvent améliorer leur salaire en confectionnant des gâteaux qu'elles vendent à la pièce.
            
Je dois signaler à propos de la mise en place de ces jardins d'enfants et de ces comedores, l'action de Michèle Hue, ancienne équipière, mais aussi ancienne jardinière et inspectrice des jardins d'enfants de la Ville de Paris. Elle s'est fait mettre en disponibilité pendant 3 ans pour organiser  ces centres. Elle continue encore à faire tous les ans des séjours de plusieurs mois pour aider et conseiller au niveau de la formation des éducatrices.

  1. Dès le 12 nov. après-midi, nous avons assisté à une réunion de membres de l'équipe nationale, à la Maison des Equipes. C'était en vue de la préparation de la rencontre nationale de Cajamarca qui se tiendra fin janvier 2012. Sujets abordé: évangélisation et éducation ; éthique ; interculturalité comme défi. Témoignages d'espérance : "Si je change, la société changera " ; construire un monde plus fraternel, une Eglise qui évangélise et qui a l'option préférentielle pour les pauvres - les pauvres sont les signes des temps. Approfondir la foi et l'engagement à rester fidèle à l'Esprit de Pentecôte. Une équipe enseignante est une Eglise qui se réunit. Discussion autour de l'institution et du mouvement. Méditer la Parole de Dieu. Réflexion sur la communauté.
                
    Le dimanche 13 nov., nous étions à Pachacamac (20 km au sud-est de Lima) avec 2 équipes de jeunes (15 personnes) des EE.  Jean Dumont était absent ce jour-là, mais deux anciennes équipières menaient les débats.  On a assisté à une réflexion sur l'engagement des équipiers dans le temps actuel, à leur réaction face à certains évènements (travail sur coupures de journaux). On a fait aussi le point sur l'état actuel de l'école publique - l'école privée est nettement avantagée sur l'école d'Etat au point de vue du matériel, donc meilleure qualité de l'enseignement. Pour finir, un partage d'Evangile sur les Talents (Mat. 14 / 40).
                
    Le 14 nov., nouvelle réunion à la Maison des Equipes. Préparation du temps de l'Avent ; 3 grandes figures s'imposent : Isaïe, Jean-Baptiste, Jésus. Partage d'Evangile ; la foi en Jésus-Christ, Fils de Dieu.
                
    Le 17 nov., réunion d'équipe chez Pochy, qui s'est fait une double fracture au pied droit et doit rester allongée. La réunion portait sur les 100 premiers jours du nouveau président Ollanta Humala, avec en toile de fond, les évènements concernant l'exploitation des mines d'or de la région de Cajamarca et les problèmes d'environnement découlant de cette exploitation. Cette affaire a tenu la une des journaux pendant les 4 semaines de notre séjour et mettait en cause un proche du gouvernement. 
                Le dimanche 4 déc., nous avons assisté à la messe des mouvements laïcs d'Eglise, dont font partie les Equipos Docentes peruanos , avec de très beaux témoignages des uns et des autres. Ce fut l'occasion de remercier et de prendre congé des équipiers péruviens, puisque nous rentrions le 6 déc. en France. Ce qui nous a marqué à propos des EE du Pérou, c'est la fréquence des réunions (1 fois par semaine), l'engagement des équipiers dans le politique et dans l'école, leur foi, non seulement en Dieu, mais dans l'avenir, leur conviction intime qu'ils peuvent faire bouger les choses, même s'ils sont confrontés à des difficultés énormes (poids de l'Eglise et de l'Opus Dei, corruption des administrations, salaires très bas dans l'école publique qui obligent les enseignants à pratiquer d'autres métiers en même temps, etc.) 
                Nous avons pu rencontrer Jean Dumont 2 fois en réunion d'équipe ; nous sommes allés un dimanche à la messe dans sa paroisse de San Cristobal, à Caja de Agua,  et avons mangé 2 fois chez lui. Nous sommes allés visiter avec lui la maison d'arrêt de Castro Castro, où sont emprisonnés les détenus politiques, dont un grand nombre d'adeptes de Sentier Lumineux. Beaucoup d'intellectuels parmi ces prisonniers, Jean peut discuter librement avec eux. Ils ne sont enfermés que la nuit dans leurs cellules. Le jour, ils s'adonnent à des activités manuelles (boulangerie, cuisine, etc.) ou artistiques (sculpture, peinture, poterie et céramique), certains écrivent et tiennent la bibliothèque de la prison, d'autres apprennent des langues étrangères : nous avons rencontré deux jeunes hommes qui parlaient un français impeccable et sans accent (l'Alliance Française est en lien avec la prison). Les prisonniers ne savent jamais quand ils seront libérés, même s'ils ont été condamnés à une peine déterminée au moment de leur jugement. Il peuvent rester incarcérés plusieurs années en plus de leur temps de peine sans savoir pourquoi. C'est à la tête du client. Ce système de semi-liberté à l'intérieur de la prison cache pourtant un service de santé déficient. Certains prisonniers sont atteints de maladies graves et ne sont pas soignés. Dans un article de La República, daté du 26/ 12 /2011, nous venons d'apprendre que Jean Dumont et son collègue, le P. Miguel Parets, aumônier officiel de la prison, demandent la libération urgente de 28 détenus pour raison de santé. Seront-ils entendus ?
  2.  
                La capitale du Pérou n'a pas de transports publics, mais uniquement des lignes de bus privées et des taxis. Jusqu'ici, pas de métro, à cause des séismes, mais un chemin de fer électrique aérien, genre RER, est en voie d'achèvement. Une ligne de bus articulés et fréquents, La Metropolitana, circulanten site propre au milieu d'une autoroute urbaine, est le seul moyen de transport
                
    Quant aux taxis, très nombreux, ils n'ont pas de compteur, il faut négocier le prix de la course avant de monter, mais ils ne sont pas trop onéreux en principe. Le plus difficile, c'est d'expliquer où l'on veut aller. Généralement la rue et le n° de l'immeuble ne suffisent pas, il faut indiquer aussi le n° de la cuadra (pâté de maisons) où vous voulez vous rendre. 
                Dans les quartiers résidentiels ou semi-résidentiels, les cuadras sont sécurisés, c'est à dire fermés la nuit par des grilles à chaque extrémité des rues. Une police de proximité, le serenazgo, veille de jour comme de nuit. Ceci se retrouve dans toutes les grandes villes. 
                Avec une circulation automobile intense, des embouteillages constants, inutile de dire que la pollution est énorme. Comme à Mexico, un voile de fumée recouvre la ville en permanence, empêchant le soleil de percer. 
                
    Pour ce qui est de la visite des sites archéologiques précolombiens, il n'y a que l'embarras du choix, mais nous avons choisi le classique itinéraire Arequipa, Chivay, Canyon de Colca ,puis Cusco, Machu Picchu, Vallée Sacrée.  Le voyage est assez fatigant, puisque effectué en car et de nuit entre Lima et Arequipa, puis entre Arequipa et Cusco. Ces deux villes gardent, plus encore que Lima, le souvenir de la présence espagnole par leurs monuments, le plan urbain, l'immanquable Plaza de Armas entourée d'arcades et dominée par la cathédrale.  
                
    Sans vouloir entrer dans le détail de nos visites - d'excellents guides touristiques peuvent le faire à notre place - nous voudrions simplement dire notre admiration devant le génie de ces peuples précolombiens qui ont entrepris la culture étagée en terrasses, au flanc de montagnes particulièrement élevées et abruptes, environ 1500 ans avant J.C.  Un système d'irrigation des plates-formes (andenes), une utilisation intelligente des nappes phréatiques et l'invention du siphon pour assurer l'irrigation en période sèche, permettaient de récolter , selon l'altitude, différentes plantes vivrières en toutes saisons et d'éviter des famines. Les plantes médicinales étaient également récoltées, la phytothérapie étant le seul moyen de se soigner à l'époque. 
                
    Les constructions urbaines de l'empire Inca, dont le Machu Picchu est le plus bel exemple, mais dont certains vestiges à Cusco même ne sont pas à négliger, étonnent par le gigantisme et la technique employée pour faire tenir, les unes sur les autres, des pierres de plusieurs tonnes (aucun mortier ni feuilles de plomb n'étaient utilisés).  Plus étonnant encore, on avait découvert avant les Incas (dont l'empire a été, en fait, de courte durée), la construction anti-sismique. Nous avons pu voir à Lima les restes d'une pyramide dont les murs étaient pourvus d'un système anti-sismique (adobes placées de champ avec un petit espace entre elles ; le mur épousait la secousse en cas de séisme et ne s'écroulait pas). Voilà, en passant, quelques motifs de notre fascination pour ces civilisations passées. Les Indiens, mais aussi les métis, sont fiers de nous rappeler qu'ils appartiennent à ces peuples d'avant la Conquête et entretiennent le souvenir par le port de costumes traditionnels rutilants et l'usage de la langue quechua, qui ne se perd pas.

En conclusion, nous voudrions exprimer notre gratitude à Diana Gamarra, qui nous a accueillis si gentiment, comme si nous faisions partie de sa famille, qui a fait tout son possible, non seulement pour nous faire visiter les belles réalisations de son association, mais aussi pour nous faire découvrir Lima, avec ses principaux monuments et ses réalités quotidiennes. Il faut reconnaître que Diana a un sens particulièrement aigu de l'hospitalité et de la solidarité. Sa porte est ouverte et le couvert est mis pour quiconque arrive à n'importe quelle heure. Nous voudrions dire aussi un grand merci au personnel de l'association, à Rocío et Rosita, les secrétaires, et à Juan, le chauffeur, qui nous ont aidés dans la préparation de notre escapade touristique et dans nos différents déplacements. 
           
Nous regrettons que ce compte-rendu fasse l'impasse sur certaines réalités sociales comme le pourcentage de chômeurs, par exemple, mais nous manquons de chiffres. Tout ce que l'on peut dire, d'après ce que l'on a constaté à Lima, c'est qu'il y a beaucoup de petits boulots, que la misère est criante à la périphérie, sauf dans les faubourgs cités pour leur opulence. Les commentaires que nous avons lus dans la presse, lors de la visite-éclair de Mme Christine Lagarde fin novembre,  présentaient le Pérou comme un modèle économique en Amérique Latine, ce qui nous a laissés tout de même un peu pantois et sceptiques.

André et Marie-Michelle Poisson

Connectez-vous pour commenter

Abonnement à la Lettre Électronique

Donnez votre adrélec, puis recopiez à droite les caractères apparaissant à gauche.

captcha 

Coordonnées

CdEP - 67 rue du Faubourg St Denis
PARIS Xème
Métro : Château d'eau - Strasbourg St Denis

  • Tel : 01 43 35 28 50
Vous êtes ici : Accueil Dans le monde Dialogue et Coopération Compte rendu de voyage au Pérou