mardi, 20 mars 2018 10:39

Yves Calais

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Yves Calais nous a quittés. Il avait été président de la Paroisse Universitaire dans les années 70 et était une figure estimée du SIESC. Ses obsèques, simples, sobres et pleines d’Espérance, à son image, ont eu lieu à Besançon le 20 janvier 2018.



Yves, homme d’une grande foi, respectait profondément toutes les personnes, quelles que soient leurs convictions. Sa sagesse, sa paisible modération, alliées à son immense érudition, ont nourri et enrichi ceux qui ont eu le bonheur de le côtoyer et de travailler avec lui. Excellent connaisseur des Textes Sacrés, féru d’art, en bon pédagogue, il savait captiver ses auditoires par des explications auxquelles il ne manquait jamais d’ajouter un ou des traits d’humour.

Yves a été le président de la Paroisse Universitaire dans les années 70 et a très activement participé à la vie du SIESC. En Franche-Comté, il a assumé de nombreux engagements. Il était, entre autres, un infatigable militant de l’œcuménisme et du dialogue interreligieux. Il appartenait au cercle Condorcet et intervenait sur RCF.

Nous vous invitons à lire ci-dessous le message qu’il avait rédigé pour l’antenne régionale de cette radio, à l’occasion de la fête de Pâques 2016, comme un précieux témoignage dans l’émotion du souvenir.

C’est Pâques, et c’est fête.
Et c’est une fête de deux jours, avec le lundi de Pâques férié inscrit au calendrier officiel. C’est une trace d’un temps révolu où toute la semaine de Pâques était fériée, libérée des lourdes tâches du travail.
C’est fête aussi parce qu’on est maintenant au printemps dans le cycle des saisons : la végétation repart ou va repartir, les jours se sont allongés et la vie reprend dans la nature. Nos œufs en chocolat en sont des symboles gourmands.
Pour nous chrétiens, c’est aussi cela, comme pour tout le monde. Mais il s’agit aussi et surtout d’une autre libération et d’une autre reprise de la vie ; nous les célébrons chaque année pour les revivre.
Jésus avait été condamné à mort et crucifié comme des milliers d’autres dans l’antiquité, il avait rendu le dernier souffle et il avait été mis dans une tombe fermée ; mais il n’est pas resté dans la mort, couché inerte sous la pierre, il a été relevé de la mort  : re-levé, c’est ce que signifie le mot ‘res-suscité’. Jésus est revenu au milieu des gens, on l’a vu, il a parlé, il a mangé avec les siens. On dit couramment à quelqu’un qu’on rencontre en ville après une maladie qui l’avait bloqué à l’hôpital : “Te voilà ressuscité !” et on est heureux ensemble. Mais Jésus n’était plus tout à fait le même, son corps n’était plus un corps comme les nôtres ; il fallait le reconnaître, c’est ce que nous racontent les Évangiles.
On dit facilement ‘ressuscité’, mais ce que nous rapportent les Évangiles et ce que nous croyons, ça nous dépasse, ça dépasse notre expérience et notre compréhension. Nous sommes tous plus ou moins comme Thomas qui ne voulait pas y croire tant qu’il n’avait pas mis ses doigts dans les trous des plaies du crucifié ! Tout en le croyant, restons étonnés de ce qui est fondamentalement étonnant...
Regardons comment on rappelle cet événement, revécu dans la longue tradition de ceux qui ont cru et qui croient à la résurrection de Jésus, dans l’Église. Les rites nous font toujours vivre et revivre quelque chose. Mettons-y la curiosité et l’attention qu’on a devant ce qu’on découvre ou redécouvre à nouveau.
Bien sûr, il y a eu des variantes en vingt siècles de christianisme, et il y a aujourd’hui des variantes entre catholiques, protestants, orthodoxes, y compris pour la date. Mais il y a deux points fixes.
• D’abord le rappel de la fête juive, de la Pâque des Hébreux. Vous savez, le mot Pâque vient du mot hébreu ‘Pessah’ qui signifie ‘passage’ ; l’accent circonflexe de Pâque rappelle le son S que vous entendez dans ‘Pessah’ et que vous retrouvez dans le mot ‘pas-cal’.
Revenons à la fête juive que Jésus célébrait en montant à Jérusalem. Il s’agit pour les Hébreux du passage de la servitude de l’Égypte au long chemin qui les ramènera dans la Terre promise : il est marqué par le moment très symbolique du passage de la Mer des Roseaux. Les Hébreux l’ont traversée à pied sec, alors que les chars égyptiens qui les poursuivaient, ont été recouverts par la vague qui revenait. C’est une libération : ils étaient un peuple en esclavage - j’allais dire, avec tout ce que le mot a de péjoratif, ils étaient les ‘bougnouls’ des Égyptiens - ils vont devenir, redevenir enfin un peuple et des hommes libres. À Jérusalem, Jésus célébrait ainsi la Pâque comme ce passage de la libération. Et il nous apporte une autre libération, la libération de cet esclavage du mal qui est lié à l’éloignement, sinon à la mise à l’écart voire au refus de Dieu, et qui s’appelle le péché  ; une libération, pour que nous devenions nous aussi des hommes libérés du mal, libres en présence de Dieu. C’est toute la vie de Jésus, ses paroles et ses actes, son engagement total dans la vie humaine qui nous l’apporte, avec le moment décisif de sa mort et de sa résurrection.
• Et le second point fixe est évidemment le récit de la résurrection dans les Évangiles. Et leur méditation sur son prolongement immédiat pour nous, c’est-à-dire le partage déjà de la vie de Jésus ressuscité. Le langage religieux appelle cela la vie éternelle, mais la vie éternelle n’est pas tant la vie qui n’a pas de fin, que la vie de Dieu, lui qui est l’Éternel.
Voilà quelle est notre identité de chrétiens et qui peut paraître difficile dans les dialogues interreligieux.
Pâques, c’est la fête de la vie avec toute sa dimension religieuse, une fête de la vie pleine. C’est pour cela qu’elle est joyeuse.
Vivez et partagez la joie de Pâques, même si les circonstances feront que ce sera peut-être très discrètement. La joie intérieure aide à vivre la vie, même si cette joie est seulement attendue, espérée parce qu’on ne la perçoit pas. Elle est toujours promise.
Voilà ma manière de vous souhaiter  :  “Bonnes Pâques”.

Yves Calais
Pâques 2016

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