Le dragon, le lion

26 août 2016 By

Craintes de pré-rentrée ; ou comment "capter" (capturer ? maîtriser ? ) une classe réputée "difficile"...
Eléments de réflexion apportés par la presse et deux tableaux.   

            Je suis passée ce matin au lycée pour dire "bonjour" et m'enquérir du nombre d'élèves dans mes classes de 1ère. Comme prévu en juillet, j'aurai bel et bien une série "S" : des élèves en général travailleurs, mais dont l'intérêt pour la littérature, la culture, le théâtre, n'est pas le point remarquable, encore qu'on y trouve de forts bons élèves en français... Il faudra donc les "gagner" à ma cause et à ma matière ! Et une autre 1ère, série technologique celle-là, où je "crains" davantage les bavardages, le chahut, l'agressivité, ou alors bien l'inertie, la passivité, le manque de travail et d'investissement (ça y est, je retrouve en mode automatique les formules toutes faites des bulletins trimestriels, horreur ! ) : il faudra les "dompter", me dis-je, les maîtriser, m'imposer... Mais "la Sidonie", qui a de la bouteille et « n'est pas une oie blanche », comme le rappelle la présentation du Blog, saura faire... comme d'hab' :

transfo supergirl

            Les "gagner", ou les "dompter" : c'est fou comme d'autres images, d'autres mots, me viennent à l'esprit, selon que je pense aux futurs "S" et aux futurs "Techno" ! Évidemment, ce ne sont pas les mêmes "publics" (tiens, encore un mot bizarre : le prof fait son show ?), je le sais, et l'expérience me l'a prouvé... Je garde cependant le souvenir cuisant d'une classe de 1ère S, il y a quelques années, où j'ai eu affaire à des "scientifiques" autoproclamés qui se voulaient avant tout rationnels et que la "beauté" d'un poème ne touchait guère ; mais ils pouvaient le "démonter", le décortiquer, le dépiauter, dirais-je,  avec toute la "technicité", tout le vocabulaire de la versification et de l'analyse de texte requis, tout en me sortant d'un petit air narquois à la fin : « Voilà. Sinon, Madame, à quoi ça sert la poésie ? » (ou la littérature, l'art...) et je me sentais comme un extra-terrestre dans cette classe. Je me souviens aussi (tiens, je commence un inventaire à la Perec, à la Prévert... Effet collatéral de l'âge ?) de classes de Techno, certaines très agréables, parce que les élèves fonctionnaient beaucoup à l'affectif, et qu'il suffisait de leur manifester du "respect" comme ils disent toujours, moi je dirais "de les aimer", pour que tout passe ou presque... (oui, bon, là j'exagère, certes, mais vous voyez l'idée...) ; et d'autres classes de Techno ou de BTS où j'entrais dans l'arène, prête à dompter les lions,

dompteur lion 

faisant face bravement, réservant mes doutes voire mes larmes (oui, ça m'est arrivé...) pour la maison, mon principal souci étant parfois : « surtout, ne pas flancher devant eux ! » (quel programme pédagogique, hein ?!)

            Évidemment, quand on se prépare à faire cours, à rentrer dans une classe, comme un soldat revient permission pour rentrer dans la tranchée ... on fait ou on dit tout ce qu'il ne faut pas, on est sur la défensive, donc agressif, donc maladroit... Parfois ça s'arrange en cours d'année (cf. mon ancien post sur "Les catcheurs"), par quel miracle, on ne le sait pas toujours ; et parfois pas.

            Alors que je ressassais ces "projections" que je me fais de mes futures classes à 8 jours de la rentrée, mes espoirs et mes craintes, tout en me demandant si j'allais en faire un billet pour le Blog, j'ai lu aujourd'hui deux passages qui ont fait "tilt" et que je voudrais citer, auxquels j'aimerais renvoyer le lecteur assidu, plein d'espoir et trop rarement "nourri" (c'est comme cela que je te vois, cher lecteur) du blog certes épisodique mais sincère d'une battante positive... qui se fait souvent des nœuds au ciboulot (c'est comme ça que tu dois me voir, y'a pas de réponse B) :

            1/ Abonnée au site www.lemonde.fr (pub gratuite, un retour d'ascenseur serait hautement improbable... mais on peut rêver), je suis tombée sur une série d'interviews : "A quoi sert l'école ? Huit personnalités racontent leurs souvenirs d'enfance". La phrase un peu choc et provoc' qui sert de titre au témoignage de Jamel Debbouze m'a interpellée, tout comme ses propos sur deux de ses profs de français et sur le théâtre et l'impro (là, Jamel, tu prêches une convaincue, lis donc ceci) ; j'ai aussi aimé ce que dit Najat Vallaud-Belkacem sur un projet théâtre ; lu avec surprise pourquoi Anne-Sophie Pic, une cheffe actuelle (chef en cuisine, s'entend) aimait le latin ... Du coup, je les ai tous lus, et c'est émouvant et instructif de voir ce qui leur "reste" de leurs années sur les bancs du collège ou du lycée, et quels profs les ont marqués et pourquoi. Mes angoisses se sont un peu atténuées, je ne sais pas pourquoi... Merci Jamel, merci Le Monde !

            2/ Abonnée aussi à La Vie (autrefois La Vie catholique, chez mes parents), je tombe, dans le petit cahier des "Essentiels" du milieu (sur lequel je me précipite toujours, ainsi que sur le tordant billet de Pascal Paillardet pointant finement les "tics" de langage contemporains, tout à la fin, comme ça tu sauras tout, lecteur), je tombe donc sur un texte de Christine Rancé, dont La Vie publie les bonnes pages du prochain livre, En pleine lumière : elle parle de 2 tableaux dans une église à Venise, un "St Georges terrassant le dragon", du Carpaccio, et un "St Jérôme pacifiant un/le lion" de je ne sais pas qui.

St Georges dragon 

« Dans le contraste entre les deux, écrit Christine Rancé, la puissance de la douceur m'est apparue d'un seul coup, avec ce qui fait son paradoxe, sa force. St Jérôme était souverain, et le lion soumis. [...] Qu'est-ce donc qui pacifiait l'animal ? [...] Quelle était cette force, contraire à la violence de la peur ? (c'est moi qui souligne) La douceur dans son abondance s'est alors imposée à mes yeux, et avec elle, la maîtrise de soi qu'elle exige, le contrôle de ses propres colères, de ses effrois, l'interdiction du venin dans les mots et les regards. »

St Jérome lion 

            Voilà des mots que je tâcherai de garder en tête, devant mes élèves "indociles", aussi bien pour moi (ne pas céder au "bon mot" qui cloue le bec, à la "tentation du venin") que pour eux : je les trouve agressifs, violents ? Penser que parfois ils ont (eu) peur, parfois se sentent (se sont sentis) humiliés... Et des mots sur lesquels notre société devrait méditer, face aux maux de la violence, du terrorisme, et des manifestations d'exclusion et de peur : réagir avec puissance, force et douceur, devant nos effrois...  

 

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