Les trois coups

22 septembre 2015 By

En route pour une nouvelle année !

C’est la rentrée ! Avant même le début du mois de septembre – ce que certains représentants syndicaux ne se privent pas de souligner – les troupes se rassemblent, sous la houlette du chef d’établissement. Agitation, excitation, effervescence… Le lycée, si calme les jours précédents, bruit soudain de mille paroles échangées à la volée : souvenirs de vacances, déplorations sur des emplois du temps, mises en garde concernant des élèves « à avoir tout de suite à l’œil », ébauches ou confirmations de projets, accueils de nouveaux collègues. Le flot verbal fait tourner la tête et déjà regretter les solitudes choisies des retraites estivales. Heureusement, d’autres mots viennent rapidement habiter les premières semaines de reprise, en résonance intime avec des aspirations pas toujours faciles à partager dans un cadre professionnel bouillonnant. Le rideau se lève, aux trois coups toniques de la Bonne Nouvelle !

 

opera

 

Jeudi 10 septembre. Les cours ont commencé depuis tout juste une semaine, après une journée de prérentrée et deux consacrées à l’accueil des élèves. Les lectures du jour offrent un beau programme pour l’année qui s’ouvre. Beau et formidablement exigeant :

Revêtez-vous de tendresse et de compassion,
de bonté, d’humilité, de douceur et de patience.

Par-dessus tout cela, ayez l’amour, qui est le lien le plus parfait.

Et que, dans vos cœurs, règne la paix du Christ.

Vivez dans l’action de grâce.

 

Soyez miséricordieux

Ne jugez pas

Ne condamnez pas

Pardonnez

Donnez

Importance capitale des premiers temps ! Être attentif à accueillir chaque élève. Les jeunes qui entrent en seconde notamment, doivent vite trouver leur place dans la classe – dans le groupe et dans la salle – mais aussi dans un établissement bien différent de celui qu’ils ont fréquenté pendant quatre années ; nous devons les y aider, et au besoin leur en proposer une qui ne serait pas forcément celle qu’ils auraient choisie spontanément, ou par habitude. Le plan de classe, élaboré après une étude attentive des dossiers d’inscription dans lesquels figurent les bulletins de troisième, joue un rôle initiatique. Je mesure l’avantage d’exercer toujours dans la même salle (c’est un vœu pédagogique formulé en première priorité) : des tables individuelles, isolées les unes des autres, pour endiguer le bavardage, favoriser l’écoute et la concentration. Ce fut une proposition d’une classe de terminale, qui rejoignait mes inclinations. Depuis, la disposition, « demandée par les élèves eux-mêmes », ne souffre pas de remise en cause ; et je n’oublie pas la remarque d’un jeune plutôt "vivant" : « j’aime bien cette salle ; elle est zen ». Il s’y asseyait systématiquement au premier rang, tout près du bureau. C’est là que, dans le cadre d’une répartition stratégique des "tempéraments", je place quelques-uns des élèves aux dossiers affublés d’un K majuscule par la commission de constitution des classes. Il faut reconnaître que certaines appréciations font froid dans le dos et brossent des portraits en forme de défis pédagogiques. Heureusement, comme chaque année, d’anciens cas désespérés semblent comprendre le message implicite qui leur est adressé, et changent diamétralement d’attitude.

Mais la place – quand bien même elle aurait été judicieusement attribuée – ne suffit évidemment pas. Il faut saisir les enjeux de la scolarité au lycée, lui donner du sens, effectuer sa "mue" de collégien, surtout si les années précédentes ont été difficiles. Pour guider les premiers pas des nouveaux lycéens, il est bon de les connaître au plus vite : un jeune collègue, rompu aux technologies de pointe, les photographie dès le premier jour, l’un après l’autre ; quelques heures après, chaque membre de l’équipe pédagogique reçoit, via sa messagerie électronique, le "trombinoscope" de la classe et peut ainsi appeler chacun par son prénom dès la première séance.

En outre, il faut veiller à préciser le cadre et expliquer l’esprit dans lesquels se déroulera cette année de travail. Bien insister sur le fait que tout est lié : effort et réussite se comprennent dans une articulation dynamique et constructive entre l’individuel et le collectif. Cela vaut aussi pour les enseignants : la communication circule tout de suite entre nous ; les élèves constatent que les récréations, les pauses méridiennes et même les soirées sont autant de moments où les échanges permettent de suivre au mieux leurs débuts dans la vie lycéenne. Non pas pour installer une pression inutile et malheureuse, mais pour leur offrir un environnement rassurant par sa cohérence et sa lisibilité ; pour leur prouver, en paroles et en actes, qu’il est vital d’œuvrer dans la confiance et la vérité.

 

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Samedi 12 septembre. Première rencontre avec les parents des élèves des classes de seconde. Du moins avec certains seulement, car tous ne sont pas venus. Certes, le temps est maussade et c’est la Fête de l’Huma… N’empêche, on s’attriste toujours des absences. Avec les présents, le dialogue est cordial, détendu. On répond aux questions, on explique, on rassure aussi, tout en admettant que le premier degré du lycée est parfois bien difficile à gravir, et que l’année passe souvent trop vite au regard de tout ce que les élèves devraient trouver le temps d’y faire. En écho à l’évangile lu le matin, on aimerait proclamer que le moment est venu, si ce n’est pas déjà acquis, de poser les fondations sur le roc plutôt que de construire sa maison à même le sol. On insiste en tout cas sur la nécessité de fournir un effort d’attention soutenue et renouvelée à chaque séquence. Ce qui demande repos et énergie en quantité suffisante ! « Que l’amour pour vos enfants aiguise votre vigilance : veillez à ce qu’ils dorment bien et assez ; veillez à ce que tous les matins un solide petit déjeuner leur permette de tenir fermement jusqu’au repas de midi. » Difficile à dire comme ça, et pourtant… Plus que de professeurs particuliers, d’aides aux devoirs, de sites d’exercices et d’autres dispositifs de soutiens en tous genres, les élèves ont besoin d’être physiquement prêts aux longues journées qui constituent leurs semaines lycéennes, successions d’heures de cours souvent bien plus denses que celles de leur récent passé. C’est d’ailleurs ce qu’ils disent pratiquement tous, indépendamment de l’intérêt ou de la difficulté ressentis : « on écrit beaucoup ; il y a beaucoup d’informations ; si on perd la concentration, c’est fini… » Mais le Christ s’adresse aussi à nous, enseignants. Bâtir sur le roc pour résister aux tempêtes et pouvoir offrir aux jeunes une assise solide qui leur permette de grandir dans un climat de sérénité, de justice et de paix. Goûter la parole et en vivre ; la mettre en pratique ; prendre le temps de laisser l’amour façonner le cœur, pour y constituer un trésor dont on tire le bien ; se ménager des moments d’abandon dans les bras du Père, comme Jésus s’y confiait, au long de la nuit ou dans l’aube naissante.

 

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Mercredi 16 septembre. Réunion destinée aux TTP. Encore un nouveau sigle forgé par une institution qui en est, ô combien, friande ! Nous sommes une cinquantaine, chacun investi de la mission de « tuteur de terrain professionnel », ne sachant pas encore trop auquel des deux, du tuteur ou du terrain, s’applique le qualificatif. On commence par nous remercier chaleureusement d’avoir accepté la tâche délicate d’accompagner les premiers pas dans le métier de jeunes collègues. Pas si jeunes que cela d’ailleurs, puisque l’aîné de la cohorte est né en 1956… Puis on nous détaille par le menu ce que l’institution attend de nous : c’est assez impressionnant ! D’autant qu’on comprend, à demi-mot, que certains cas seront délicats, notamment parmi les stagiaires dits « renouvelés », c’est-à-dire qui entament une seconde période probatoire à l’issue d’une première année peu concluante. Heureusement : « Vous n’êtes pas seuls ! », martèle l’inspectrice qui conduit l’après-midi. En effet, on sent une équipe soudée, attachée à dispenser aux débutants une formation à la fois exigeante et proche de leur quotidien. À nous, sur le terrain, d’assurer le relais. Dès le lendemain, les conseils de Paul à Timothée prennent, dans cette perspective, une saveur particulière :

Sois un modèle par ta parole et ta conduite,
par ta charité, ta foi et ta pureté
.

Veille sur toi-même et sur ton enseignement.

En agissant ainsi, tu obtiendras le salut,
et pour toi-même et pour ceux qui t’écoutent.

 

Quant à l’évangile du pharisien donneur de leçon et de la pécheresse pardonnée, il me va droit au cœur : se garder des jugements hâtifs ou définitifs, qui enferment ceux qu’ils condamnent comme ceux qui les prononcent ; éprouver à la fois la douloureuse amertume du péché et la miséricorde surabondante du Christ. Oui, il pardonne sans condition à celle qui dépose à ses pieds des larmes bouleversées par son message d’amour. Il nous pardonne inlassablement pour que nos cœurs s’enflamment et brûlent d’une charité sans exclusive.

 

Élèves, parents, collègues : les acteurs ont pris place, le rideau est désormais grand ouvert sur un théâtre des opérations que je retrouve avec une joie profonde, mêlée de doute et d’espérance. Un théâtre où tout sera encore à inventer, au gré des nécessités et des imprévus, dans la confiance et l’action de grâce.

1 Commentaire

  • Lien vers le commentaire Gérard FISCHER samedi, 26 septembre 2015 09:24 Posté par Gérard FISCHER

    Cachottier, tu n'avais pas annoncé ton dernier post...
    On aimerait que beaucoup d'enseignants abordent la rentrée dans ce genre de dispositions - et on rend grâce pour tous ceux qui le font, sans nécessairement se référer à l'Évangile !

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