et qui cassait... des tas d'cailloux...

25 août 2015 By

     Oulaaa ! "25 août" : ça sent le retour proche aux travaux forcés, au bagne... Que dis-je ?... À la galère : son rythme obsédant, ses rangs de rameurs à l'échine courbée, ses vents contraires ...  ;-))      

            Voui, fin de la récré d'été (d'été ? Z'avez vu le temps ces jours-ci ? Moi je pose une réclamation au bureau des vacances pourries, non mais... Pas possible de prendre une semaine de rab', en septembre, pour l'été indien ? Non ? Zut...), va falloir se résoudre à reprendre le chemin de l'école / du collège / du lycée... Pour certains, ça se résume à ça :     

travaux forcés001

            Pas pour moi ; je ne vais pas dire que je trouve toujours les vacances trop courtes, que je n'en reprendrais pas une 'tite semaine, hein ! (surtout quand on est dans la dernière...) Mais j'aime mon métier, et surtout mes élèves. Les découvrir puis les retrouver chaque semaine ne me pose pas de problème, bien au contraire. Même si c'est vrai que certains jours, ou avec certaines classes, cela peut tourner au "bagne" en effet ! Mais, depuis que je l'ai lue un jour, la petite parabole suivante ne me quitte pas, et j'essaie notamment de la relire, d'y repenser, chaque fois que j'ai des doutes sur ce que "je fais à l'école" (et donc sur ma compétence, mon efficacité...), ou sur ce qu'y font mes élèves (ou plutôt : ce qu'ils sont censés y faire !) :

Pourquoi casser des cailloux ?

     Sur la route de Chartres, un pèlerin longe une carrière, et il y voit un homme fatigué, accablé, suant, qui casse des cailloux, taille des pierres, à grand coups de maillet. Son visage exprime le malheur et ses gestes la rage. Le voyageur s’approche de lui et lui dit :

    « Bonjour. Que faites-vous, mon brave ?

    – Vous voyez bien, je casse des cailloux… C’est dur, j’ai mal au dos, j’ai soif, j’ai chaud… Je n'ai rien trouvé que ce métier stupide et douloureux… C’est mal payé. C'est normal puisque je suis nul. »

     Le pèlerin continue sa route et voit plus loin un autre homme qui casse des cailloux ; lui n’a pas l’air trop malheureux.

    « Bonjour, reprend notre ami, qu’est-ce que vous faites ?

    – Eh bien, je gagne ma vie en taillant des pierres ; je n’ai pas trouvé d’autre métier pour nourrir ma famille, mais je suis déjà bien content d’avoir celui-là. C'est un métier fatigant, mais il a l'avantage d'être en plein air ... »

     Notre voyageur poursuit son chemin et s’approche d’un troisième tailleur de pierres, qui, lui, est souriant, radieux :

    « Bonjour, que faites-vous, et pourquoi êtes-vous si souriant ?

    –  Moi, monsieur ? dit-il, mais… je bâtis une cathédrale !!! »

 batisseurs cathdr

     C'est vrai que quand on a "une cathédrale dans la tête", on ne casse pas les cailloux de la même manière…!!!

            [ histoire parfois attribuée à Charles Péguy (?) et rapportée par Boris Cyrulnik, dans  Parler d'amour au bord du gouffre, éd. O. Jacob, 2004 ]

~  ~

            Il m'arrive en effet de me sentir découragée, par les élèves ("ils ne fichent rien chez eux ; ils ne m'écoutent pas en cours, papotent sans cesse, ou déploient des trésors d'ingéniosité pour consulter leur portable en douce...") ; ou par moi-même ("tu n'arrives pas à les intéresser ; là tu n'as pas su quoi répondre ; tu es une prof nulle...") ; ou par le programme ; l'administration (pas celle de mon établissement, qui est un modèle de management humain !) ; la réaction d'un parent ; etc. Bon. Classique. Normal.

            Mais quand je prends vraiment du recul, à toutes ces questions "Mais qu'est-ce que je fais là ? Pourquoi je me donne autant de mal, hein ? Pourquoi est-ce si long ou si difficile de leur inculquer telle notion, tel savoir-faire ?...", je me réponds, en souriant intérieurement "Normal, je bâtis  une cathédrale ! Je construis un être humain ! J'apporte ma pierre à l'édifice du savoir culturel...". Et tout reprend sa place, sa taille, les taupinières cessent d'être des montagnes, et me voilà requinquée et repartie pour un tour ! Mais oui, une cathédrale, vous vous rendez compte ? C'est gigantesque ; on ne la construit pas en 1 jour ... ni tout-e- seul-e- ! C'est magnifique : quel plus bel ouvrage ?

            Et surtout, si c'est bien ancré sur terre et que cela pèse bien lourd (oui, c'est parfois pesant, fatigant, au jour le jour...), cela monte aussi vers le ciel... et vers le Seigneur !!!

batisseurs ciel     cathdr Amiens

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