Kleenex, i-phone et neurones

16 octobre 2013 By

C'est l'histoire d'une prof qui fait pleurer une élève en cours… et se sent mal après !

            Vendredi matin, c'était la mésentente cordiale entre les 1ère et moi : "ils" ne travaillent pas, beaucoup n'ont rien fait sur le texte à lire et à préparer (avec 2-3 questions pour guider l'étude) ; certains exhibent fièrement une feuille sur laquelle il y a 5-6 lignes («J'ai travaillé, M'dame !». Je lis "Dans ce texte l'auteur dit ceci… puis cela … et enfin …" : «Mais c'est de la paraphrase, cela, pas de l'analyse ! Et vous ne répondez pas aux questions. – Ouais, bin j'ai déjà écrit quelque chose hein !» Ske c'est difficile ces profs !). Et de leur côté : "elle " n'est jamais contente ! "on" n'a pas que ses textes à faire ; et puis "elle "donne des trucs trop difficiles aussi… Bref, ça partait mal.

          Malgré trois louches d'encouragements («Allez, vous allez sûrement trouver…»), des perches grosses comme des baobabs («Alors, est-ce que, dans la 3ème phrase par exemple, il n'y aurait pas une expression justement…»), des menaces aussi, rien ne vient comme analyse du texte. Par contre les bavardages prennent de plus en plus de place. Bref, ça s'enlise, je n'ai pas du tout réussi à rattraper la situation, au contraire : et ça devient la guerre de tranchées !

         De guerre lasse, après moult "taisez-vous", "silence ! " et "on ne s'entend plus !" aussi efficaces qu'un emplâtre sur une jambe de bois, je décide d'arrêter là le cours : "ils" n'ont qu'à se débrouiller tout seuls, zut à la fin : «puisque vous ne voulez pas le faire par oral, ce sera par écrit, et si vous faites trop de bruit, je ramasse à la fin de l'heure.» (ciel ! pourvu que non, j'ai déjà 1 mètre cube de copies sur le bureau.) Je ronchonne au bureau, l'air satisfait tout de même (mais bien marrie d'avoir si mal su m'y prendre) ; ils ronchonnent sur le texte et leur feuille qui tarde à se remplir… ; je reprends ceux qui parlent : «En silence ! Travaillez seuls ! Et travaillez vraiment !» ; et tout à coup une grande fille assez rieuse d'habitude, laisse échapper deux grosses larmes : «je n'y comprends rien du tout !»  

larmes

         Je m'approche, j'essaie de l'aider, je questionne («vous faites quelle question ?»), mais plus je m'adresse à elle, plus les larmes coulent. Finalement, je lui propose de sortir et d'aller prendre l'air : elle file !

           A la fin de l'heure, qui est aussi la récréation, elle revient chercher ses affaires : j'essaie de me montrer gentille et souriante, je lui dis que j'ai été surprise de sa réaction, que je voudrais comprendre ce qui s'est passé, ce qu'elle a ressenti. Elle essaie mais est visiblement encore trop émue pour entrer dans le détail : "c'est trop difficile, et j'ai du mal en français, je n'y arrive pas". Nous nous quittons, pas fâchées, mais sans avoir eu le temps d'approfondir beaucoup.

         Le samedi, je décide de lui écrire un courriel : je suis désolée, je ne voulais pas la faire pleurer ; et comment l'aider ? Du soutien ? Sur quoi ? [je résume] -- Presqu' immédiatement elle me répond ("de son i-phone" comme me le précise chacun de ses messages) : elle est touchée que je lui écrive "juste pour ça", s'excuse (?!!) d'avoir pleuré , ne "pensait pas que j'allais y faire autant attention", n'a pas "un" problème en particulier, mais du mal en général. -- Il ne faut pas vous excuser, d'une part, lui ai-je répondu ; c'est une réaction émotive incontrôlée, et que je ne voulais pas déclencher ; il faut quand même essayer de voir ce que vous ne comprenez pas, d'autre part, voulez-vous qu'on en parle ? – D'un bref courriel à l'autre, le lien est rétabli, les explications réciproques données et lues, et j'ai surtout senti le souci de chacune de communiquer vraiment et d'écouter réellement l'autre.

            La semaine suivante  en cours : grands sourires de part et d'autre, efforts manifestes de l'élève pour "bien faire" : et devinez quoi ? Elle "comprenait beaucoup mieux le texte" !

  

          Comme quoi, le sentiment (authentique, dans ce cas-là) que ce que vous dites, faites, ressentez "est important pour l'autre" (ou pas du tout) peut décoincer (ou bloquer) les neurones.

                «Émotions, cognition et apprentissage», tel est en fait le titre ronflant qu'aurait dû avoir cet article !

 

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