jeudi, 26 mars 2015 00:00

Témoignage sur un cheminement et convictions au sujet de la famille

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Témoignage sur un cheminement et des convictions au sujet de la famille à l'occasion du synode d'Octobre 2015

      Les conclusions du synode sur la famille d'Octobre 2014 m'ont donné beaucoup d'espoir car il y a une ouverture sur toutes les formes de couples et de familles, et si on n'en tient pas compte on ne peut pas annoncer l'Évangile. Cela m'a donné l'envie de réfléchir pour répondre aux questions. C'est une chance inouïe que l'on nous demande ce qu'on en pense et je voudrais donner mon témoignage car ce problème n'est pas celui de la hiérarchie, mais de tous les baptisés dans leur dialogue avec tous les couples, toutes les familles.

       Notre vie explique mes convictions. C'est pourquoi je me permets de vous en dire les grandes lignes : nous étions « Chrétiens dans l'Enseignement Public » dans une zone rurale. Nos amis (beaucoup sont partis sur la pointe des pieds !) et nous-mêmes avons été très ébranlés par l'encyclique « Humanae vitae ». Je n'en ai lu que le tiers pour trouver en fin de chapitre un paragraphe qui disait que « c'était la conscience du couple » qui devait trouver le chemin pour espacer les naissances. En 1975, mon mari, à ce moment-là responsable diocésain des Équipes Enseignantes, est sorti de l'Église en me disant : « je ne comprends plus rien au langage de l'Église, « on n'a pas besoin de Dieu pour être un enseignant dévoué et digne de ce nom », « l'Église m'empêche de vivre ». Donc depuis, je suis seule dans la famille et parmi les amis proches à puiser ma force dans l'Évangile par l'Église.

       Je suis à l'écoute de mes trois enfants et de mes sept petits-enfants, j'essaie de les comprendre et de trouver leur « part de cristal » (comme dit Guy Gilbert). Ils ont tous envie, je crois, de vivre un amour fidèle pour fonder une famille car ils sont conscients qu'un enfant a besoin de stabilité. Les non-croyants peuvent avoir la même perspective, sans Foi en Dieu. Ne sont-ils pas aidés aussi par leur conscience « à l'image de Dieu » (Q 18) ? Pour eux, l'Église, c'est ringard, il y a des tas de trucs qu'on ne comprend pas, ils ne connaissent pas le Christ et l'Évangile. Orc'est la seule chose importante qui pourrait les aider dans leur vie quotidienne.

       Alors, l'Évangélisation de ceux qui ne sont pas dans l'Église m'intéresse beaucoup. Dans mon dialogue avec chacun d'eux, je ne fais jamais « la morale ». Je dis mon opinion qui a la même valeur que la leur. Je n'ai pas la vérité, je cherche mon chemin comme ils cherchent le leur. Les familles dans la norme de l'Église sont le plus souvent méprisantes envers ceux qui ne vivent pas comme elles car elles sont sûres d'être dans la vérité : elles ne peuvent pas être, je crois, un exemple pour ceux qui sont à la périphérie. J'ai l'écho de préparations de mariage avec de tels couples qui se sont mal passées : certains n'ont pas pu rentrer dans la discussion, ils se sont sentis exclus par les intervenants très sûrs d'eux : ils n'étaient pas dans le même monde. Et pourtant Jésus-Christ est venu aussi pour eux ...

Question 6 : Voilà une question qui me paraît mal posée. Qu'est-ce que « la pastorale familiale ordinaire » ? « un mariage naturel » ? Oui, tout couple a normalement le désir d'enfant dans le cœur (sauf problèmes psychologiques ou financiers). Cela me gêne qu'on commence par dire qu'il y a « des situations familiales qui ne correspondent pas à la vision chrétienne ». Nos schémas anciens font qu'on part sur de mauvaises bases et le dialogue ne peut pas avoir lieu. On ne se rejoint pas. (Q11): qu'est-ce qu'un « mariage authentique ? », « l'authentique amour conjugal» (Q 16, 3° paragraphe)

Questions 19 (2èmc §) et 34 (2emc et 3ime §) : Que ce soit dans le dialogue avec des couples mariés civilement, en concubinage, des divorcés-remariés, des familles monoparentales, l'important, c'est de ne pas avoir d'idée préconçue, de se vider la tête pour être disponible, pour être dans l'écoute et la compréhension des couples et des familles. Si on se comprend et si le couple le veut, on peut avancer pour parler de Jésus-Christ et de l'Évangile. Si l'on veut annoncer Jésus-Christ, il faut en prendre les moyens. Jésus est venu pour eux aussi, qu'ils soient dans l'Église ou non. Il me semble que le dialogue avec les homosexuels peut s'inspirer de ce cheminement parce que le sexe d'une personne n'est pas le tout de sa personne et que le Seigneur peut aussi inspirer leur vie.Je ne sais pas ce que c'est, que « l'Évangile de la Famille » (Q 25). Je n'en avais jamais entendu parler avant. Et pourtant je suis dans l'église depuis 80 ans ! Est-ce un tiroir qu'on a ouvert à l'occasion de ce synode ? Par contre, je sais que Jésus dans son évangile nous donne des clés pour aimer, pour penser aux autres avant de penser à soi, pour « vivre ensemble » dans le pardon et dans le non-jugement par exemple (on sera jugé avec la même mesure) etc... Ce serait bien qu'on puisse faire des partages d'évangile avec des gens qui ne sont pas encore des croyants mais qui pourraient le devenir s'ils sentent en eux ce désir. Oui, le Christ est « la bonne nouvelle éternelle (Ap 14,6)».

Question 7 :N'allons pas trop vite avec « l'Écriture Sainte », ne les noyons pas, on va les faire fuir si c'est trop compliqué. Restons longtemps avec l'évangile. Attendons qu'ils soient demandeurs d'autre chose. Ceux qui commencent un chemin après un mariage à l'Église, on ne peut pas les enfouir sous tout un fatras de traditions, il faut rechercher l'essentiel de la Foi et les accompagner dans leur cheminement (Q 16) (Q 34 3a,Tlc§).

Question 8 : Si on les écoute, si on dialogue, les valeurs vont apparaître. Ça m'écrase de voir qu'on aborde le péché. Non pas que je crois qu'il n'existe pas. Mais ce n'est pas ce qui doit être premier comme dans notre jeunesse où Dieu était d'abord un juge qui voyait tout ce qu'on faisait de mal. Or, Jésus n'est pas comme cela dans l'évangile : il a un regard bienveillant sur ceux qu'il rencontre (Zachée, la femme adultère, la Samaritaine, etc) et seulement quand il les quitte, il leur dit : « va et ne pèche plus ». J'ai découvert le « Dieu-Amour » à 35 ans. C'est dommage, lui qui nous aime tant. Il est d'abord amour avant d'être juge. Laissons-les découvrir et vivre leur amour sans leur parler de péché. (Q 10) Un amour qui naît semble toujours indissoluble. Faire vivre un amour longtemps, c'est tout un travail à deux, cela s'apprend et l'évangile peut aider, me semble-t-il.

Question 11 : Dieu m'a aidée à accepter ma condition humaine, mes fragilités, mon impossibilité à être parfaite. C'est extraordinaire de savoir qu'il nous pardonne toujours, qu'il nous aime toujours même si l'on chute et qu'il nous aide même à nous relever. C'est dans le manque qu'on découvre que Dieu est là. La vie m'a appris cela petit à petit avec l'évangile comme compagnon de chaque jour. Pour moi c'est cela « la joie de l'évangile ». Mais chacun doit faire son chemin sans se décourager. Peut-on découvrir cela à 20 ans ? La Foi est un don. Beaucoup voudraient croire et ne le peuvent pas. Dieu est là où est l'Amour même si on ne croit pas. J'avoue que « le corps mystique », « la perfection de l'amour », « la sainteté » c'est trop intellectuel pour moi. Ce sont des constructions dont je me sens très loin et je me demande ce que ça peutapporter aux gens de la périphérie.

Les questions 12 à 18 concernent les couples et les familles « dans la norme catholique ». Nous avons vécu ainsi au début, cela aurait pu durer 48 ans et demiet j'aurais bien aimé... mais les circonstances de la vie en ont décidé autrement. C'est pourquoi je me sens plus proche des autres, des couples comme mes enfants et mes petits-enfants et ce sont eux que j'aimerais convaincre... car ils ne connaissent pas le Dieu en qui je crois et qui m'aide tant. Les familles chrétiennes dans la norme ne m'intéressent que si je peux les ouvrir à la compréhension de ceux qui ne sont pas dans la norme !

Question 23 : Comment préparer des couples non-croyants au mariage à l'Église? (Q 27) Si on refuse de les marier, on met une barrière entre eux et Dieu. Ils n'iront pas plus loin. Leur parler de baptême, d'eucharistie, de confirmation me paraît prématuré. Seule la lecture de l'Évangile, la connaissance du Christ et de ce qu'il peut leur dire pour leur vie quotidienne peut les faire avancer. Le langage est important (Q 24) : attention au jargon catholique incompréhensible pour ceux qui ne sont pas dedans. La question 33 me paraît juger les personnes. Ça me gêne. Pourquoi vouloir les orienter ? les convertir au sacrement de mariage? Ce n'est peut-être pas leur chemin ?

Question 38 : les divorcés-remariés. J'ai entendu un évêque à la télé dire qu'il ne pouvait pas accepter qu'une personne en état d'adultère puisse communier. Évidemment, c'est un « péché » qui se voit. Onen revient au « péché de la chair » qui a toujours été considéré comme le pire des péchés. Pourquoi juge-t-on ? Comment se fait- il qu'un prêtre réduit à l'état laïc puisse communier mais pas un divorcé-remarié ? Ce sont deux personnes qui n'ont pas pu rester fidèles à leur engagement. Pourquoi deux poids, deux mesures ? La miséricorde de Dieu n'est-elle pas pour tous ? Il comprend chacun de nous de l'intérieur. Il sait notre tempérament, notre histoire. Il nousaime tel qu'on est avec notre part d'ombre et de lumière. Jésus n'a-t-il pas dit : « je ne suis pas venu pour les bien-portants mais pour les pêcheurs » ? « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui » Jn 6,57 « Le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde ; qui mangera ce pain vivra à jamais. » Jn 6,51. « Si vous ne mangez la chair du Fils de l'Homme et ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous » ? Et on veut empêcher les divorcés remariés de s'approcher du corps du Christ ? L'eucharistie, c'est le pain pour la route. Cela me rend triste de voir des pères et mères qui ne vont pas communier alors qu'un de leurs enfants fait sa première communion. Je ne vois pas pourquoi on priverait ces frères de ce pain si important puisque Jésus nous l'a donné.

Question 44: l'avortement. J'ai connu des cas où un enfant a été conçu par des ados encore au collège après une soirée bien arrosée. Est-ce raisonnable de garder cet enfant qui n'est pas aimé et qui a des parents incapables de l'élever ? J'avoue être remuée par ce drame et ce respect de la vie à tout prix me pose problème. Aux chrétiens qui sont plus chrétiens que moi, je demande ce qu'ils font pour aider les jeunes et les femmes à garder leur enfant : en général, on me répond : «je prie ». Est-ce que ça suffit ?

Questions 45 et 46 : Transmission de la foi. Avec mon mari, nous disions quand les enfants étaient petits : « si, un jour, nos enfants ne sont plus dans l'Église, notre éducation aura été un échec » Nos amis des Équipes Enseignantes n'étaient pas d'accord. Ils ont eu raison puisque c'est mon mari qui est sorti le premier de l'Église et que les enfants ont suivi. Mais dans quelle Église avons-nous vécu ? Une religion triste avec un Dieu-juge et exigeant. Pour moi, l'Évangile n'est plus une exigence, c'est une proposition du Seigneur. A moi de me brancher sur lui comme ce matin à la prière sur RCF. Livre d'Esther : « Rends-nous la joie après la détresse et le bien-être après la souffrance » Puis le Ps 137 et Matt 6,12 : « Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux ».

Ce sont ces paroles qui m'habiteront cet après-midi lors de mon animation-chants d'autrefois à la maison de retraite de mon village. l'Évangile fait vivre. Il n'est pas seulement promesse de Vie Éternelle mais il donne des clés pour le « vivre ensemble ». Il me semble que c'est cela qu'on doit transmettre aujourd'hui aux enfants : la joie de l'Évangile qui donne sens à la vie.

Christiane Peyret-Montagné
69690 Bessenay
Février 2015

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