jeudi, 26 mars 2015 00:00

Contribution de l'Union Parisienne à la réflexion sur la famille

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L'Union Parisienne propose sa contribution à la réflexion du synode sur la famille d'Octobre 2015

CONTRIBUTION A LA CONSULTATION EN VUE DU SYNODE SUR LA FAMILLE D'OCTOBRE 2015

Qui sommes-nous ? Un groupe de professeurs catholiques de l'enseignement public, membres de la Paroisse Universitaire (Région parisienne) aujourd'hui retraités. Mariés, célibataires, veuve, nous représentons diverses disciplines et nous avons exercé dans l'enseignement secondaire, supérieur et technique. Nous sommes entre 20 et 30 membres, nous nous réunissons une journée par mois et nous travaillons avec Mgr Michel Coloni, archevêque émérite de Dijon.

Notre réflexion n'a pas la prétention d'apporter de solution aux questions complexes qui touchent à la famille aujourd'hui. L'Église a la lourde responsabilité de dire une parole qui vaille pour le monde entier et nous avons conscience des difficultés et des obstacles auxquels se heurte ce devoir. Le monde où nous vivons est difficile, mais c'est ce monde qui nous est donné par grâce, que nous avons à affronter, à comprendre et à évangéliser. Aussi sommes-nous persuadés de la nécessité d'être attentifs aux "signes des temps". Ils nous invitent à réfléchir au contexte qui nous entoure, aux étapes parcourues depuis notre jeunesse, aux appels venus des générations plus jeunes, à des manières d'être et de vivre l'Évangile qui peuvent nous paraître très différentes de celles que nous avons vécues, voire nous heurter.

A l'occasion de \a consultation des fidèles en vue de la préparation du Synode d'octobre 2015, l'Église nous demande de nous mettre dans une attitude d'écoute du monde, sans juger. Comme nous le rappelle le Père Pecqueux, secrétaire du Conseil Famille et Société, il convient "d'éviter que les réponses soient fournies selon une perspective pastorale basée sur une simple application de la doctrine". Mgr Vincenzo Paglia, président du Conseil pontifical pour la famille, renchérit : "L'attitude de l'Église à l'égard de la famille doit être comparable au Bon Samaritain. Lorsqu'il secourt l'homme blessé, il ne va pas d'abord à l'école théologique de Jérusalem pour savoir ce qu'est une famille parfaite. Il prend directement le voyageur avec lui. De même, nous devons aider chaque famille comme elle est". Le pape invite à une attitude de "parrhésie", libre parole, et d'humilité. Il est légitime d'entendre ce conseil comme un appel à inventer.

I) Partir des réalités d'aujourd'hui

Voici des paroisses parisiennes, ou de Versailles ou de Saint-Germain-en-Laye. Les messes pour les familles rassemblent beaucoup de couples, avec de jeunes enfants catéchisés à part pendant l'homélie, avec des enfants de choeur, de sexe masculin ; il y a des groupes de jeunes ménages, des réunions Alpha-couples. Bref, une impression de pays de "chrétienté". Mais il ne faut pas se faire d'illusion. Ce n'est qu'une très petite partie de la société qui est ainsi concernée. La société française vit depuis des années des transformations sociales, économiques et culturelles considérables qui se traduisent sur le plan familial par la mobilité de l'emploi, des transferts géographiques, des emplois du temps souvent harassants. La réalité, c'est alors l'extrême diversité des situations matrimoniales: unions de fait nombreuses et fragiles, concubinage (qui peut d'ailleurs être stable et positif), nombreux divorces, remariages et familles recomposées avec tous les problèmes de cohabitation qui s'ensuivent. Les plus jeunes peuvent en pâtir dans la recherche de leur équilibre sexuel et affectif: unions libres, expériences sexuelles multiples qui ne préparent pas à la fidélité dans le mariage.

Peut-être convient-il cependant de ne pas noircir à l'excès le tableau et dégager certains aspects des temps nouveaux qui ne sont pas négatifs. Pour nombre de jeunes aujourd'hui, en effet, le mariage n'est plus comme avant un commencement. C'est un aboutissement, une expérience de vie commune qui leur permet de décider s'ils se sentent suffisamment forts pour s'engager plus loin. Le sens du mariage a évolué et l'Église doit en tenir compte.

Dans un autre domaine objet de controverses, celui de la contraception, les jeunes ne se posent pas la question de savoir ce qu'en dit l'Église. Pour eux, c'est une chose naturelle, avec cette contrepartie qui ne saurait être prise à la légère: il s'agit d'une liberté qui peut ouvrir la porte à toutes les aventures. Dans la vie conjugale, en revanche, les choses nous semblent différentes: cette possibilité permet une parenté "responsable".

La situation d'autres membres de l'Église à part entière comme les célibataires et les veufs ou veuves ne doit pas être passée sous silence comme ce fut le cas lors de la session du synode d'octobre 2014. Leur rôle dans les familles, leur vocation dans l'Église et le monde est une réalité dont la fécondité doit être mieux mise en valeur. Enfin II ne faut pas oublier, malgré des difficultés qu'on ne peut ignorer, l'apport à l'oecuménisme des mariages mixtes, sources de rencontres et de richesse pour l'approfondissement de la foi.

Il) Le problème des divorcés-remariés

Sujet complexe et crucial sur lequel nous n'avons pas de lumière particulière. Nous voudrions seulement rappeler les remarques d'un prêtre parisien à l'esprit libre et indépendant, Antoine Delzant, qui, commentant l'évangile de Marc 10,2-9, reconnaissait son embarras: "Je ne sais que dire. Ce n 'est pas facile. Ce texte lu au ras du texte interdit le divorce. Mais faut-il le lire au ras du texte ? Et sinon, que faut-il lire ? Il n'est question dans ce texte que du projet du couple humain. L'argument est qu'il a une portée doctrinale. Il serait normatif à l'origine. Mais l'Évangile est-il un programme? " Retenons le commentaire constructif et somme toute fécond d'un auditeur: "Avec lui, nous avons vu les textes comme des énigmes joyeuses et pas comme des savoirs tristes, plutôt comme des projets que comme des normes."(Cahiers d'Alethe, mars 2015)

On connaît la situation. Les divorcés-remariés sont privés du sacrement de l'Eucharistie et du sacrement de la réconciliation, indépendamment de leur itinéraire personnel, de leur histoire, de leur souffrance. Autant on peut admettre qu'il n'y ait pas de remariage sacramentel, autant il est difficile d'admettre cette exclusion de l'Eucharistie et de la réconciliation. C'est la nature même du sacrement qui est ici en cause : est-il réservé à une élite ? Qui est digne du sacrement ? Ne sommes-nous pas tous au même point devant le sacrement, conscients de notre indignité ? Nul n'est apte à le revendiquer, nul ne peut affirmer qu'il en est digne. Le sacrement est pure grâce, don de Dieu. "Don gratuit, dont on est indigne...mais une relation d'amour exclut la possibilité même de la question de dignité. " Certes le mot de dignité est ambivalent : il doit être rappelé que tout homme, quel qu'il soit, est créé à l'image et à la ressemblance de Dieu et est donc aussi "digne" de Dieu. La question est difficile et mériterait un sérieux approfondissement : "Ce genre de réflexion suppose peut-être un élargissement vers : qu'est-ce qu'un sacrement ? En quoi le mariage est-il un sacrement ? Quelle est l'histoire de ce sacrement ? "

Dans la manière de parler des divorcés-remariés, l'Église a évolué; de la condamnation sans appel, elle est passée, ces dernières années, à une invitation à prendre place dans la communauté paroissiale, même en restant à l'écart des sacrements. Peut-on espérer qu'elle bouge encore en s'inspirant peut-être de la discipline orthodoxe, qui semble bien tenir à la fois la fidélité à la parole de Dieu et sa miséricorde ? Chaque cas, c'est sûr, est particulier. Le Cardinal Kasper nous rappelle qu'il y a chez certains divorcés-remariés un véritable attachement à l'Église, que la pratique de l'Église a évolué, qu'on assiste à une évolution continue.

Faut-il réfléchir à la possibilité d'annulation de mariage ? La procédure actuelle nous demeure peu compréhensible, voire obscure et injuste. Mieux vaut se préoccuper de la préparation au mariage, ce à quoi l'Église s'attache à juste titre. Une sérieuse réflexion préalable à l'engagement dans le mariage s'impose. Trop de jeunes (pas tous...) n'ont aucune idée d'un engagement dans la durée et confondent sentiment, attirance et engagement durable. Les soirées "pardon" organisées par des paroisses dans l'accompagnement des "fiancés" sont un bon atout dans un monde où, dès que surgit l'obstacle ou la mésentente, on casse tout plutôt que de faire un pas l'un vers l'autre. Il nous paraît capital de rappeler ici la responsabilité de l'Église qui a toujours associé relation sexuelle et fidélité. Ce principe doit être fermement maintenu. Trop de jeunes, et peut-être surtout de jeunes filles qui s'étaient entièrement données dans une relation amoureuse et qui ont été trompées ou abandonnées ont pu connaître des blessures irréversibles. Mais pour ceux qui assurent la charge difficile de la préparation au mariage, la question centrale demeure, que rappelle le Cardinal Kasper dans l'Évangile de la Famille : Qu'en est-il de la foi des futurs époux ?

Peut-être pourrait-on aussi réfléchir à différents degrés de solennisation du mariage : un premier degré qui pourrait être une cérémonie au cours de laquelle s'affirmerait l'intention d'union et de fidélité et qui précéderait le mariage sacramentel. La question demeure ouverte et, encore une fois, nous n'avons pas la prétention d'en détenir la solution.

III) La loi et la foi

On a beaucoup vécu dans l'Église sous l'emprise d'un légalisme, rassurant peut-être mais qui peut aussi conduire à la sclérose et à la culpabilisation (nous l'avons parfois vu à l'oeuvre dans notre jeunesse) et qui peut expliquer au moins en partie le rejet ou l'indifférence d'une génération pour laquelle la "transmission" n'a pas marché.
Saint Paul nous invite à la libération : "La loi de l'Esprit qui donne la vie dans le Christ Jésus t'a affranchi de la loi du péché et de la mort"(Rom. 8,2) Je n'ai pas "comme justice à moi celle qui vient de la loi, mais celle par la foi au Christ" (Phil.3,9) Le Christ n'est pas venu abolir la loi, dont nous ne pouvons pas faire fi, mais il est venu l'accomplir, la mener à son terme, au sens le plus fort, c'est-à-dire la mener à bien (de manière irréversible). La figure même de la Loi s'en trouve transformée.

Nous savons que l'Église, en tant qu'elle est institution, ne peut se passer de règles et de normes. Encore faut-il que leur application ne soit pas juridique, mais résolument pastorale, c'est-à-dire attentive à l'écoute des cas concrets et de leurs difficultés. Il s'agit d'accepter de se mettre à l'écoute des cris de souffrance de tant de nos contemporains.

IV) La famille, lieu d'unité, de transmission et d'hospitalité

La famille est aussi ou doit redevenir le lieu de la parole confiante et aussi de l'accueil de la Parole qui vivifie parce qu'elle vient d'en Haut et rassemble. Cette vision peut paraître idéaliste, mais il est possible d'espérer.

La famille, ce sont aussi les enfants. Comment cultiver les relations de façon à ce que l'esprit de famille perdure ? On ne choisit pas ses frères et soeurs ; mais un climat familial peut aider à la bonne entente et, au delà des disputes, des rivalités, c'est le rôle des parents de les aider à se respecter, à s'intéresser à ce que fait l'autre avec son caractère différent. Et l'Église a son mot à dire dans la recherche de la paix familiale.

La famille devrait demeurer un lieu où s'opère la transmission de la foi. C'est une question qui se pose à chacune des générations successives. Certains d'entre nous sont conscients d'avoir été les héritiers d'une tradition en partie vieillie et sclérosée. C'est un des éléments de l'explication de la non-transmission de l'héritage à la génération qui nous a suivie, celle des 40/50 ans. Il n'en va pas de même pour les générations plus jeunes, dépourvues de contentieux ou de contestation à l'égard d'une tradition perçue de façon plus positive. Les enfants d'aujourd'hui sont disponibles et sensibles à l'écoute de la Parole. Aussi les familles peuvent-elles ici retrouver un rôle important. Comme pour les aider, une nouvelle forme de transmission se met en place aujourd'hui dans plusieurs paroisses pour répondre au besoin d'enseignement que manifestent les générations plus jeunes (Commentaire du Credo, par exemple) Ces catéchèses pour adultes ont un grand succès.

La famille peut être aussi un lieu d'hospitalité. C'est parfois l'oncle ou la tante célibataires qui deviennent points de repère pour tel ou tel membre de la famille, ou bien point de ralliement pour réunir les membres dispersés. Leur célibat peut les rendre plus disponibles. Dimension importante dans une société éclatée où le besoin d'être écouté et accueilli est devenu si vital. Il en va de même du rôle des grands-parents qui sont heureux de nouer des liens propres avec leurs petits-enfants, de voir grandir leur vocation humaine et chrétienne, et aussi de soulager des parents stressés par des emplois du temps inhumains. La famille élargie est susceptible de rendre de grands services à la société tout entière et l'Église a tout à gagner à accueillir ces nouvelles manières de vivre en famille.

Pour conclure, nous avons envie de dire que nous avons bien conscience de nous inscrire dans une longue histoire collective. Notre espérance, c'est qu'elle poursuive sa route, toujours neuve, "pour la gloire de Dieu et le salut du monde."

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