lundi, 21 mai 2012 17:48

Découvrir l'humanité de l'homme

Écrit par

au croisement du regard biblique et des rencontres avec ceux qui tiennent la dernière place.

D'après Alain DURAND op.

En écho à ce texte,
découvrez l'intervention de Claude PAIR
sur l'École devant la grande pauvreté

A. Durand rappelle en introduction la parole de Mgr Angelelli, évêque de La Rioja (Argentine) (1923-1976) invitant à avoir une oreille pour entendre l'Évangile et une autre pour entendre le peuple, et celle de Karl Barth, demandant d'avoir la Bible dans une main et un journal dans l'autre.

1. La rencontre

Nous sommes confrontés au danger permanent de rencontrer autrui seulement dans sa façade sociale (y compris pour ceux qui occupent la dernière place : on est alors tenté de les réduire à un aspect "social"). Nous n'avons pas à rencontrer des pauvres (catégorie humiliante) mais des hommes et des femmes qui se trouvent être des pauvres. Il est inhumain, en effet, de réduire quelqu'un à l'une de ses composantes.

La rencontre de ceux qui sont les derniers nous met en face de l'humanité nue, dépouillée de ses maquillages dissimulateurs. Nous devons donc professer un respect inconditionnel de l'autre (Isaïe : le serviteur souffrant).

La rencontre d'autrui s'éclaire par la prise en considération du comportement de Jésus.

C'est une capacité d'accueil sans exclusion. Jésus interroge l'autre pour savoir ce qu'il veut et l'éveiller à une vie nouvelle : il est homme pour les autres (Bonhoeffer). La rencontre n'a pas pour but de faire rentrer l'autre dans nos cadres de bienfaisance, mais de lui permettre d'être lui-même, alors que la société le prive de cette liberté fondamentale. Cela conduit à lutter contre les inégalités et les discriminations.

2. La réciprocité

Il est dangereux de se situer d'emblée dans une attitude de don, même si cet acte est considéré comme caractérisant le comportement chrétien : le don de sa propre vie (Jn 15,13 ; Ac 20,35). Il faut critiquer une éthique qui ne s'exprimerait que par la pratique du don. En effet elle peut engendrer des situations de dépendance : paternalisme chez l'un, réflexe du quémandeur chez l'autre (individus et nations), sentiment de bonne conscience voilant une part de la réalité, celle des relations structurelles injustes. En fait, le don n'est qu'une restitution, dit Grégoire le Grand qui rappelle la destination universelle des biens.

Au contraire, privilégier une éthique de la réciprocité et de l'échange : être capable de recevoir de ceux à qui on donne et de ceux à qui on ne donne rien.

Cependant, on ne va pas donner dans le but de recevoir.

Il doit s'opérer une reconnaissance réciproque : être une personne l'un devant l'autre.

Du point de vue biblique, ce qui est premier, c'est la réception (et non le don). C'est l'acceptation de nous laisser servir par le Christ qui fonde notre capacité à devenir serviteurs. Vivre dans un régime d'alliance avec Dieu et les hommes. Poser un contrat établissant une certaine égalité entre contractants ; l'expression « les uns et les autres » revient 83 fois dans le Nouveau Testament. Prendre soin des relations pour que le service devienne mutuel.

3. Expérience de la dignité d'autrui

La dignité est inhérente à la personne (déclaration universelle des droits de l'homme de 1948) et non pas ajoutée par la suite. Tout être humain est une fin en lui-même (Kant). Ce respect de la dignité d'autrui ne doit être soumis à aucune conditionnalité (problème de la torture). Être juste les uns par rapport aux autres : cela se produit si l'on considère l'homme comme un être de besoin et comme un être de relation.

4. La fragilité

Il se produit actuellement un mouvement pour dépasser l'aspect négatif de ce mot. Faire l'expérience de la fragilité, c'est faire l'expérience de la condition humaine. Découvrir ma propre fragilité en découvrant celle de l'autre. Mise à jour de la précarité enfouie en nous-mêmes et que nous refusons de voir. Dans la société, il n'y a pas les forts et les faibles, mais des êtres qui échangent.

Il convient d'abandonner l'idée reçue qu'il faut être fort pour pouvoir secourir autrui. Le Christ nous donne de sa pauvreté, la veuve de son indigence, c'est par les blessures du serviteur souffrant que nous sommes guéris. C'est en tant que crucifié que le Christ est puissance de Dieu (cf. 1 Co). Celui qui n'est pas tombé ne sera pas ramassé (Péguy, Note sur Descartes).

5. La vérité ultime

On voit dès ici-bas l'émergence du Royaume de Dieu : actes de guérison, d'exorcisme, Parole de vie. Ces actes qui donnent la vie sont la réponse que Jésus donne aux envoyés de Jean-Baptiste l'interrogeant sur son identité. Voir aussi le jugement dernier (Mt 25) : le comportement positif par rapport aux blessés de la vie prime tout (y compris la pratique religieuse), mais le sens de ce comportement est un sens caché.

 Notes prises par Daniel Moulinet lors de l'exposé donné au forum interdisciplinaire de l'IPER (Institut pastoral d'études religieuses) de l'Université catholique de Lyon le 11 mai 2012

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