jeudi, 28 juillet 2016 08:39

FRATERNITÉ

Écrit par

en mémoire du Père Jacques Hamel
(26 juillet 2016 - St Etienne du Rouvray)

 

            Encore un attentat "djihadiste"… Ils se suivent mais ne se ressemblent pas, sinon dans l'extrême de la folie meurtrière. Cette fois, ce n'est pas un massacre de masse indiscriminé comme à Nice, plutôt un meurtre symbolique ciblé ; mais le message est toujours le même : tout ce qui n'est pas nous doit être immolé. Horreur d'un dieu Moloch…P. Jacques Hamel

            La suite est sans surprise : récupérations politiciennes, appels à l'unité nationale, évocation de tout ce qu'il est possible d'imaginer en matière de sécurité. On nous promet une guerre longue, impitoyable, mais que nous gagnerons in fine. Ou pas…

            Bien sûr, il faut prendre toutes les mesures possibles pour prévenir ce type de terrorisme, en gardant le souci du réalisme et de la conformité à la constitution. Mais nous ne devons pas nous leurrer : ces mesures ne pourront au mieux que limiter les dégâts tant que nous n'aurons pas pris en main le terreau où surgissent ces actes. Car si des jeunes nés et éduqués dans nos pays se laissent ainsi séduire par les sirènes du djihadisme, c'est d'abord parce qu'ils sont profondément insatisfaits de la situation qui leur est faite et en conçoivent une haine de la société où ils vivent.

            Au fond, à part le degré de violence, est-ce si différent de l'insatisfaction croissante qui, dans tous nos pays, donne des ailes aux partis populistes, et que nos politiciens - à part ceux qui l'exploitent sciemment - s'efforcent de ne pas entendre ?

            Alors, que faire ? On fait appel à nos "valeurs républicaines", mais qu'en reste-t-il concrètement dans notre vie sociale ? La liberté est dans l'ensemble correctement assurée, mais à part devant la loi - et encore - l'égalité reste un objectif lointain, pudiquement affadi en "égalité des chances" ; et ne parlons pas de l'égalité des revenus, qui s'efface peu à peu dans le lointain.

            Quant à la fraternité, elle est en gros réservée aux lendemains d'attentats ou d'inondations, mais ne concerne pas la vie quotidienne. On est prêt à tout pour obtenir une promotion à la place d'un collègue ou conserver ses acquis, justifiés ou non. Les taxis bloquent tout le monde pour s'opposer aux Uber, les réfugiés syriens sont priés d'aller voir ailleurs, les Blacks et les Beurs pâtissent d'un préjugé défavorable à l'embauche, et on pourrait multiplier les exemples. Là, c'est le chacun pour soi - ou pour les siens - qui est la règle.

            On prône le retour aux valeurs républicaines, et on a raison de le faire ; mais comment leur donner un contenu, comment aller au-delà des mots écrits au fronton de nos écoles et de nos mairies ? Comment bâtir une société où l'on se préoccupe réellement de l'autre et de l'intérêt général, sans chercher à faire valoir le sien avant tout ? Une société où l'on s'efforce d'habiter sobrement notre terre, de façon à la préserver pour nos descendants ? Une société où l'on suscite la confiance par la confiance accordée, quelle que soit l'origine de l'interlocuteur ? En bref, une société où la fraternité ne soit pas un vain mot ? Entreprise redoutable, mais devant laquelle nous ne pouvons pas reculer.

            Et en tant qu'enseignants, en lien avec les familles, ou hélas sans elles, nous préoccupons-nous de faire expérimenter aux jeunes un vivre ensemble apaisé, de les inciter à la collaboration plutôt qu'à la compétition, de mettre en valeur les richesses de chacun au bénéfice de tous ? Beaucoup le font, mais c'est la mission de tous, à tous les niveaux.

            Nous, chrétiens, savons bien où sont les racines de ces valeurs républicaines : dans l'Évangile. Derrière le triptyque "liberté, égalité, fraternité", nous en discernons un autre : la foi qui rend libre, l'espérance qui ouvre au frère, et l'amour qui vient de Dieu. Et comme le dit Paul "Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et l'amour ; mais le plus grand des trois, c’est l'amour." (1 Cor 13,13). Le Père Jacques Hamel le savait et l'annonçait, lui que l'imam du lieu appelle "mon ami" ; sa mort en martyr ne dit pas autre chose. Qu'avons-nous d'autre à vivre et à annoncer ?

Gérard Fischer
Reims

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