mardi, 29 juin 2010 22:31

Copains d'avant... avec la maîtresse !

Écrit par

Au delà de la nostalgie, un témoignage chargé d’émotion et d’espérance ... comme un regard sur la vie qui va, une filiation, une transmission.

 

Il y a plusieurs mois, j’ai été contactée, par une ancienne élève, sur le site "copains d’avant". Elle me demandait si j’avais bien enseigné à l’école du Vernet. Répondant par l’affirmative, elle me donna quelques nouvelles d’elle et de sa famille.

Quelques semaines plus tard, je fus invitée à une soirée. Une douzaine d’anciens élèves se retrouvaient dans un restaurant de Vichy et me faisaient le plaisir de m’inviter. Un sentiment mêlé de joie et d’appréhension m’envahit. Je demandai la liste des inscrits et sortis ma photo de classe. Depuis le début de ma carrière, je garde chaque photo de mes classes et les noms des enfants.

En élève sérieuse, avant de partir, je révise ! En arrivant au restaurant, je suis d’abord accueillie par un petit groupe de filles que je reconnais toutes. Je les ai laissées à huit ans ; elles en ont maintenant vingt-trois. Chacune à son tour me parle de son parcours, de ses études. Je demande des nouvelles des parents dont je me souviens bien. Elles ont toutes fait quelque chose dans le social : éducatrice de jeunes enfants, aide-soignante, orthophoniste… L’une d’entre elles est conseillère municipale.

Puis arrivent les garçons. Ils ont beaucoup plus changé que les filles. Guillaume est informaticien. Thibaut fait de la maintenance dans une usine. Il ne peut rester pour la soirée, mais il a tenu à venir me saluer. Cela me fait plaisir : c’était un enfant en grande difficulté scolaire.

Vincent était ma forte tête. Il m’en a fait voir beaucoup. Il ne se souvient absolument pas de moi !

Au cours de la soirée, les souvenirs reviennent. "Tu, heu ! vous ! vous vous souvenez : les correspondants, le voyage à Grenoble, les cours de chant, les kermesses…" Tout refait surface, quinze ans après.

Je demande des nouvelles de ceux qui sont sur la photo, et qui ne sont pas là ce soir. Alors, je réalise que tous ces jeunes, devenus des adultes joyeux, équilibrés pour la plupart, n’ont pas tous eu la même chance. Certains ont galéré dans leurs études, leur vie familiale, leur travail. Et ce qui est frappant : ceux qui étaient déjà dans une situation difficile à huit ans, le sont toujours à vingt-trois. Des parents absents, séparés et ennemis, négligents… ont fait des jeunes perdus, instables…

Ceux que j’ai vus ce soir-là s’en sont sortis avec un entourage structuré et aimant, quel que soit leur niveau scolaire de base.

À la fin du repas, Guillaume, l’infographiste, sortit un trépied, un appareil photo. À une heure du matin, nous avons fait une photo de groupe sur les Parcs de Vichy ! Les jeunes avaient décidé de finir la soirée en boîte. Je les ai quittés, non sans leur dire mon émotion et ma joie profonde de les avoir revus. J’ai versé ma petite larme…, et on s’est dit : "à dans quinze ans !". Je suis rentrée à la maison, transportée de joie.

Pour moi, les moments que je venais de vivre ont été un vrai bonheur. Même le restaurateur l’a senti : "Comme elle avait l’air contente, la maîtresse !". Oui, moment de grâce. J’ai dit à tout le groupe que de tels moments, après vingt ans de carrière, me redonnaient la pêche pour les vingt ans à venir !

Oui, si j’ai contribué, un tout petit moment de leur vie, avec leurs parents par leur attention et leur affection, à faire d’eux ce qu’ils sont devenus, c’est une grande joie.

En revenant chez moi, j’ai remercié le Seigneur de m’avoir fait vivre un si grand moment. J’ai raconté cette soirée à mon mari, à mes parents, à mes collègues. Ils ont senti mon enthousiasme et ma fierté, car je pense que des moments choisis comme celui-ci, tous n’en font pas l’expérience. Me voilà regonflée pour vingt ans et disponible pour plein d’autres élèves appelés à devenir des adultes heureux, épanouis.

Catherine Listrat
École primaire rurale, Allier

Printemps 2010


 

Postface de Pierre Darnaud, membre du Comité de rédaction de « Lignes de crêtes » :

Le texte de Catherine Listrat, qui m'est parvenu sous forme de lettre, avait un petit additif à mon intention :

"Voilà, Pierre, je ne sais pas si l’émotion que je ressens en écrivant cette lettre est perceptible à sa lecture, mais mes yeux coulent de joie. J’ai rangé la photo, prise à la fin de la soirée, à côté de la première, avec au dos : "quinze ans plus tard".

Si tu peux lire cette lettre au Comité de rédaction, elle permettra seulement, en toute modestie, de montrer que nous avons tous un enthousiasme et une joie d’enseigner et de partager, dans la foi au Seigneur".

Plus dans cette catégorie : « "Drôle" de rentrée Paroles de lycéens »
Connectez-vous pour commenter

Abonnement à la Lettre Électronique

Donnez votre adrélec, puis recopiez à droite les caractères apparaissant à gauche.

captcha 

Coordonnées

CdEP - 67 rue du Faubourg St Denis
PARIS Xème
Métro : Château d'eau - Strasbourg St Denis

  • Tel : 01 43 35 28 50
Vous êtes ici : Accueil Actualité de CdEP Au plan local Témoignages Copains d'avant... avec la maîtresse !